Prose


10
Mar 10

Ville

… ville dans laquelle glisseraient voitures autobus passants sans que rien ni personne ne donne à cet ensemble quelque apparence de vie – on rêverait que le jour se lève mais il ne se lèverait plus et nous dans nos couches à foison serions presque déjà les morts que nous sommes, attentifs aux froissements pourtant, ce qui maîtrise le temps pour qu’il demeure dans nos armoires, derrière leurs portes de tourments.


8
Mar 10

Insectes (2)

Insectes 2…. étranges nous tirés du temps tirés des pires cauchemars faits de quoi pattes feuilles brindilles choses amassées par le vent tourbillons collées de la salive de qui de quoi peut-être étions-nous seulement des sortes d’essais des jeux peut-être étions-nous seulement inexistants inventés pour cette occasion rien ne disait que réellement nous avions un jour volé rampé rongé et ce n’est point errer que de croire ça – nos ailes de carton, qui les révéleraient ?


7
Mar 10

Insectes

Insectes

… immobiles pour l’éternité cloués épinglés tels christs sur croix mais lui au moins savait pourquoi alors que nous là à jamais figés qu’y pouvions-nous qu’en avions-nous à faire de demeurer ainsi infiniment dessous la vitre qui nous isolait séparait du monde nous maintenait à distance des hommes dans des postures que nous n’avions mais jamais prises hormis ici dans cette sorte de grande tombe – notre seule existence maintenant, briller de couleurs et de formes.


5
Mar 10

Sangs

Quelque chose qui serait là mais quoi et puis venu mais d’où de quel repli du temps des chairs des terres et qui ferait que tu marches du pas du même que celui des paysans d’ici toujours le même la même mesure sans doute exactement celle de la distance d’entre deux sillons seule manière aussi de traverser le paysage le décor.


4
Mar 10

Tombes (v.5)

Qu’à marcher dans le semis des tombes avant que tous n’arrivent et te glissant entre elles tel un voleur et derrière l’une d’elles celles du fond où personne ne va jamais te dissimulant aux regards mais ce n’était pas réellement la peine qui te verrait à travers de la pluie et des larmes et là les mains sur la pierre froide et rongée lentement comme granuleuse presque poreuse dessous tes paumes regardant le lent rituel le prêtre dans sa soutane toute droite les enfants de choeur à encens et le petit tenant la croix haute la croix et tout autour gens du village et puis d’autour et puis d’ailleurs et attendant que l’on enfouisse le cercueil et que les deux hommes de bleu vêtus terminent leur travail dans la fumée des cigarettes et puis le silence revenant et toi t’approchant lentement de la tombe de son ventre celui de la terre obèse et te disant voici ainsi un mort avant qu’il ne pourrisse ?


3
Mar 10

Tombes (v.4)

Qu’à marcher dans le semis des tombes jetées de part et d’autre de sentiers à grains de peaux à grains de graviers gris à errer dans les allées ratissées de frais à t’asseoir sur un coin de marbre à regarder au fond des yeux les yeux de tout cliché à lire à voix haute à voix basse les noms les dates les lieux à prier toi qui ne croit plus en rien à sentir le froid monter de la terre morte tu finirais par retrouver ton arbre celui de ta genèse avant qu’il ne pourrisse et commençant par toi ?


2
Mar 10

Tombes (v.3)

Qu’à marcher dans le semis de ces tombes tu finirais par retrouver des visages des figures que les regards que tu croiserais ne seraient pas ceux-là sépia qu’efface le temps avant qu’il ne pourrisse ?


1
Mar 10

Tombes (v.2)

Qu’à marcher en semant de toutes parts tes tombes blanches tu finirais par mettre sur chaque son nom et propre et que cela ferait lever la mer à rouleaux d’écheveaux et que là-haut les fils les filles pourraient entrer et puis enfin prier dessus leurs morts morts et se réjouir d’avoir osé parce que cela retient le monde mais juste avant qu’il ne pourrisse ?


28
Feb 10

Tombes

Qu’à marcher dans le semis de ces tombes toutes peintes de blanc et puis la mer derrière qui déboulait sans hésiter et s’enroulait dessus elle-même à s’en pâmer, tu pourrais retrouver celle où tu dors et dans ce geste te recueillir enfin tel un fruit mûr que l’on attrape avant qu’il ne pourrisse ?


22
Feb 10

Traverser (v.5)

Qu’il suffirait de traverser la ville, le monde derrière, et prendre pour ça des trains dans des gares où hurlaient aiguillages, métal froid, et toi montant dans des wagons vides de tout et même de toi et là dormant secoué des cahots ou de tes rêves et t’éveillant quand d’un seul coup tout s’arrêtait et que tu voyais de l’autre côté une plaine pelée et sans limites, une plaine où le vent rendait fou, et toi te dressant et courant jetant ton sac et toi derrière sur l’herbe rase, et t’époussetant, perdu enfin, et que ça serait tout ?


21
Feb 10

Traverser (v.4)

Qu’il suffirait de traverser la ville, le monde derrière, et prendre pour ça des trains comme au hasard, les yeux fermés, sans réfléchir, dans des gares de plus en plus étranges, lointaines, et vides à mesure de toi, jusqu’à descendre parfois à des arrêts où rien n’indiquait une présence humaine, pas un signal, pas une bâtisse, seulement une route filant par là et puis par là, et là descendre encore moulu, poser ton sac, laisser partir le convoi, te retourner, ne voir rien, n’entendre rien que la ferraille des wagons qui s’éloignait, et puis le vent, et que ça serait tout ?


17
Feb 10

Traverser (v.3)

Qu’il suffirait de traverser la ville, et comme ta vie à pas à reculons à pas perdus, et sans faillir aller droit vers les quais et les longer mais ce serait pour voir passer les lourdes péniches à ventres pleins et les visages qui ne reviennent jamais mais pourquoi donc comme si l’eau grise les avalait et aller vite et de plus en plus vite et bien sentir que ça ne suffirait jamais et que ça serait tout ?


17
Feb 10

Traverser (v.2)

Qu’il suffirait de traverser la ville, marcher jusqu’à plus soif, atteindre et puis se plaire dedans les zones où notre humanité ne lutte plus enfin contre les arbres et la masse des choses, y dormir quelques jours, se lever tôt, regarder les heures se dépliant plus qu’un tissu à moire de nuit, attendre, attendre, attendre, et puis d’une seule traite revenir au monde, et que ça serait tout ?


17
Feb 10

Traverser

Qu’il suffirait de traverser la ville, le parc à cheveux d’anges, les rues trop sages, de passer une place ou deux, de longer tel terrain vague, et puis encore ce long trottoir boursouflé de toutes parts, atteindre au coin de l’église blanche, y entrer un instant et découvrir, surpris, trois chanteurs taillant la maille du silence, s’asseoir, rêver, ressortir dans le froid, marcher encore, et puis atteindre au but de ce jour-là, et que ça serait tout ?


14
Feb 10

Vaisseau

Et ça craquait de toutes parts tu sentais bien dedans le bois qui se faussait et qui ployait ça frémissait mais sans casser juste comme ça ça gauchissait ça tentait de prendre d’autres voies tentait d’autres formes et de toutes parts même là-haut dans le gréement il y avait certains changements qui disaient tout ne disaient rien et malgré ça même par grand vent ça tenait bien tenait encore ton corps était une vieille barque et dans tes rêves un quatre-mâts quoi cette écume quoi la tempête et le battement lourd des mers et ces lèvres hautes qui baisent les phares tu rêves toujours de partir mais chaque matin tu es au port – marin d’eau douce à l’âme verte, ton horizon a tout d’une ancre.

Le texte tel qu’il s’écrit

 


11
Feb 10

Marcher

Marcher et tout le jour marcher et sans faillir jusqu’à voir la ville disparaître et les routes et les ponts et les chemins et les poteaux électriques et les lampadaires à gaines de bronze…


10
Feb 10

Loire – averses

Mais c’était sans compter sur les orages qui venus de nulle part tiraient entre nous tous leurs rideaux gris et noirs, ces masses aux ventres replets de satin dont nous nous tirions à grand peine et les mains déchirées d’avoir tant écopé – à croire que le fleuve et les cieux s’alliaient dans une colère dont le seul but était de nous jeter au fond, de nous noyer, d’effacer de nous toute trace (peut-être ne serait-il resté de nous que ces choses flottant mollement et dures pourtant, comme ossifiées, ces arbres tellement roulés par les courant qu’ils en étaient devenus blancs et lisses et quasi éternels – et là alors, il faut imaginer nos corps identiquement séchés, durcis, plus proches de la pierre que de nos chairs et pourtant si léger qu’un rien aurait pu les briser – comme ces oiseaux se posant sur ces îles factices et s’étonnant de les voir soudainement se morceler).


9
Feb 10

Loire – bancs

Ainsi nos morts que nous laissions aux noeuds de l’eau dans leurs suaires de riens, draps à peine tissés, chemises et toutes froissées, et qui restaient nos compagnons aussi longtemps qu’il leur plaisait, aussi longtemps qu’ils le pouvaient, demeurant bien souvent presque à portée de rêves à nous narguer de leurs yeux sans détours.


7
Feb 10

1J2L

Et de nous crânes à vrilles de bois.


2
Feb 10

Matines

Ainsi soit-il disait toujours le prêtre et nous nous demandions de qui de quoi il pouvait bien parler lorsque nous éveillant juste après le mitan de la nuit juste après ce moment où elle se déversait vers le jour d’après nous sortions de nos couches éveillés sans savoir pourquoi par quoi ouvrant les yeux d’un coup presque en bêtes sur le qui-vive et puis grognant sortant du lit froissé puant humide de nous de nos sueurs fluides transpirations et nous traînant dehors poussant la porte de l’épaule le froid nous sautant à la gorge et puis au ventre dehors tant sombre qu’on ne voyait même pas sa main alors le reste…

Ainsi soit-il, extraits