Performance


4
Nov 09

Cantine (v2)

Et mâchonnant d’une main distraite une chose morte dans mon assiette j’ai poursuivi cet inventaire plus loin un chantier endormi et des étages quoi esquissés tombaient des nattes de câbles noués entrecroisés les uns aux autres mais solitaires dans la chute la pluie à même le béton gris crayonnait des archipels noirs parfois j’y voyais des visages le plus souvent ce n’était que des taches sombres (on aurait dit du sang séché) et derrière moi une voix crachait de plates idées sur tout sur rien j’ai préféré me taire encore et puis que dire je n’avais rien à répliquer et restant là mort moi aussi je me suis aperçu soudain que j’exhalais une fragrance un vague parfum mais inconnu et si j’avais été un autre ?

Le texte tel qu’il change


29
Sep 09

Chamane

Alors laisser venir monter gonfler une sorte de mélopée une sorte de pulsation et ne pas craindre sa propre faiblesse sa pauvre et si commune comment dire vulnérabilité ne pas laisser autour de soi monter ses murs ses frontières ses enceintes ne pas vivre cela comme une maudite solitude une insularité de punition nous dans nous-mêmes quoi enfermés confits quoi enkystés à vivre de chiches vies de chiches rêves de chiches espoirs jeter tout ça et cul par-dessus tête cracher à l’horizon aller en pleine mer en pleine terre pour y chercher d’autres nous-mêmes et d’autres réellement autres réellement autres que nous qui nous diraient ce que nous savions tous ce que nous ne savions même plus que nous sommes seulement nos passagers et clandestins encore – sans images sans espoirs que ferons-nous de nous à nous-mêmes amarrés ?


23
Sep 09

Vos mots

Dans la logique expérimentale et d’atelier à ciel ouvert ici développée, je vous propose de déposer en commentaire sur la présente page un ou deux mots que vous voudriez voir apparaître dans mes textes.

Je tenterai de les introduire dans l’un des écrits à venir. Je ne peux vous garantir d’en faire usage, mais je vais essayer.

A vous de jouer.


15
Sep 09

Bruits – performance

Alors tout droit aller tout droit vers rien les murs le bruit et la fureur ce qui gronde crache dedans sans mélodie aucune sans sens sans forme sans rien que nous dans cette quoi cacophonie tentant de survivre de nous survivre de survivre juste à nous et en face de nous miroirs miroirs miroirs sans cesse recommencés mais ce n’est pas la mer seulement nous luttant pour de nous tirer retirer des rêves des larmes le bruit et la sueur le remuement des ventres la pluie de nos générations qui n’arrose rien qui ne sauve rien à part peut-être nos chants l’obscur silence qui en-dedans de nous explore son propre battement son rythme cette mélopée à nulle autre pareille le cantique du vide – et nous là-dessus à creuser jusqu’à la lie – signes sans sens, ma patience.

Le texte tel qu’il s’écrit


9
Sep 09

Nos pères

Nos pères qui fument dans leurs bureaux, ou bien dessus des chaises posées dehors, dans le jardin, sur les terrasses en plein été ; nos pères qui graissent des machines, des engrenages, des sortes de moteur ; nos pères qui tiennent la charrue, et nous derrière à marcher à même sillon, à trébucher dans la terre de mottes ; nos pères marteau burin, et la force qu’ils ont, à défaire la pierre, que nous n’auront jamais, nous le sentons déjà, le constaterons plus tard ; nos pères qui scient du bois, et la fontaine que fait la scie, son ruban circulaire, d’une poussière blanche, cette sciure qui ira au jambon ; nos pères qui jouent aux cartes, et l’on est donc dimanche, à tout jamais, dans les reliefs du repas, le café qui semble n’en finir pas ; nos pères buvant dans de minuscules verres l’alcool blanc ; nos pères qui claquent de la langue ; nos pères qui nous apprennent à siffler avec nos doigts ou bien un simple brin d’herbe  ; nos pères qui lisent le journal, et chaque ligne, chaque matin ; nos pères qui nous parlent de leurs pères, et même de leurs mères ; nos pères qui nous emmènent dans les cafés, mais nous paient un demi ; nos pères et leurs amis ; nos pères et notre carnet de notes ; nos pères aux mains énormes, sortes de grandes pattes ; nos pères assis derrière des fenêtres, à nous regarder arriver, puis repartir, puis revenir ; nos pères qui rient ; nos pères qui ne disent rien ;  nos pères qui parlent de guerres que l’on ne connaît pas mais plus souvent, qui n’en parlent pas ; nos pères que l’on embrasse ; nos pères au frais à l’ombre ; nos pères au téléphone, qui ne disent pas grand chose sinon que oui ça va ; nos pères couchés sur des lits d’hôpital, et puis dessus leurs lits, et puis dedans leurs bières. Nos pères qui meurent.

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8
Sep 09

Immobiles (19)

Immobiles à l’aplomb de nous mains posées sages sur le reflet la grise mine du zinc du miroir derrière de la vitrine en ses échos et le monde derrière où nous mirons nos visages défaits nos rêves alambiqués tout cela qui dedans nos cabas nous entraîne vers l’arrière pèse sur nos épaules nous tasse nous tient à la terre cloués avec nos ailes brisées comme engluées de mauvais vin de mauvaise vie dans nos rires confits de riens ces brèves histoires que nous traçons dans la buée et qui pourraient si elles avaient vagues sens et qui pourraient si nous venions à bout de nos phrases de nos mots laisser supposer ce que nous pouvons être – et rien peut-être.

Le texte tel qu’il s’écrit


5
Sep 09

Choses – écriture enregistrée

Choses que l’on trouve que l’on laisse ; choses perdues pour toujours, choses cherchées mais pas trouvées alors comment dire oubliées mais l’on se souvient parfois d’elles, comme cela, dans des détours, dans des plis de hasards, des chausse-trappes que nous nous construisons nous-même ; choses d’ateliers, trouvées retrouvées dans les vieilles remises, dans de lourdes caisses ou bien en vrac (tournevis vis étaux marteaux truelles poinçons masses bêches pelles niveaux à bulles choses dont on ne sait même pas à quoi elles peuvent servir – si elles peuvent servir d’ailleurs, si elle ne sont pas juste créées pour questionner nos mains ; choses inutiles mais que l’on garde et bouge et déménage et garde encore et jette un jour pour finalement s’apercevoir qu’elles sont justement ce que nous avions besoin là juste là, juste maintenant (ou pour s’apercevoir que même jetées elles sont toujours là, dans un recoin mais plus de la maison, de notre tête qu’il faudra bien ranger un jour aussi – mais quoi jeter alors ?) ; choses ramenées de pays d’où l’on vient, où l’on voudrait aller, où l’on n’ira jamais en fait ; choses qui témoignent, mais on ne sait de quoi ; choses à mémoire de noms de formes de gens de gestes ; choses de rien ; choses presque humaines mais non ; choses sans détours ; choses amassées mais ce n’est pas désordre, juste des choses ; choses qui nous disent, disent qui nous sommes, essayons d’être, ne parvenons qu’à être ; choses sans valeur mais là est leur valeur ; choses de valeur, que l’on devrait donner pour retrouver la valeur des choses ; choses du matin, choses du soir ; nous et nos choses.

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1
Sep 09

Chantier – performance

Alors tout droit aller tout droit aller par dessus les barrières et y laisser un peu de chair un témoignage retomber de l’autre côté se faire mal se relever trébucher quelques mètres ne pas tenir compte de la douleur la douleur n’est rien et là regarder le chantier tenter d’y comprendre quelque chose tenter de lire ces pages incompréhensibles illisibles métal posé partout poutrelles béton chaînes au sol entrelacées passer dessus et l’herbe partout roses trémières tentant de pousser là-dedans et nous aussi cherchant encore fouillant les amoncellements les entassements on aurait dit les jouets d’un géant mais non seulement des hommes seulement nous pareils à nous et de tonneaux à rouge peau et des moteurs et de la rouille et de la graisse sur des organes étranges et immobiles mais menaçants tant de choses que nous ne comprenions mais pas mais pas du tout et errer là-dedans en se disant “je dois comprendre je peux comprendre” mais butant sur cette sorte de capharnaüm passant tout au peigne fin et ne trouvant mais rien qui puisse nous aider rien qui fasse sens dans ce bouleversement de l’horizon à juste un jet de pierre le monde en construction quelque chose d’illisible – nous.


31
Aug 09

Ville – performance

Alors tout droit aller tout droit aller au travers de ce qu’il restait de ville de ponts d’échangeurs routiers qui n’échangeaient plus rien que la poussière poussière de nous de ceux que nous laissions derrière aller tout droit au travers des parkings plus vides que nous au travers des centres commerciaux abandonnés essayer d’oublier les corps et un et deux et des centaines et des milliers flottant dessus le fleuve et ces sortes d’incendies vus entrevus de loin dans les immeubles immenses et vides et pleins mais pleins de nous redevenus poussières et dans chaque pièce devinée depuis chaque rue toujours la même chose vaisselle abandonnée dessus les tables mais où aller jusqu’où marcher jusqu’où courir nous avancions commencions à atteindre les frontières les zones sans noms les limites indicibles industrielles et les usines vidées aussi et dans leurs cours rien ni personne mais là ne pas cesser de marcher d’avancer sortir de là de ce qu’il restait de ce qui avait été ville et dont nous touchions à présent à la frontière ces espaces morts à partir desquels commençaient bois forêts des champs aller tout droit sur les sentiers et espérer que quelque part quelqu’un croirait pourrait entendre entendre le bruit et la fureur les brèves histoires de nous.


30
Aug 09

Route – performance

Alors tout droit aller tout droit aller sans trop savoir ce qui de l’horizon valait ainsi la peine de ne prendre rien que soi comme bagage maigre valise décidément défilement des lieux des maisons des voitures des péages des tunnels des lignes géométriques des arbres à la couture de la route à sa jointure avec autour la terre brute les jachères jachères de nous ce qui glissait en fait de nous dessous était goudron noir comme nos sangs pourris marris à grumeaux du passé dans l’habitacle c’était presqu’une fusion et dans nos corps il n’y avait rien que la fatigue de demain noir le ciel et puis d’orages et puis de rien même pas d’étoiles même pas de lune et puis d’une aube à repriser quelque chose comme le dernier des jours vieux plus rien à perdre rien à penser juste cela aller tout droit pour se trouver assis dessous la fin des mers à regarder passer les autres nous autres le long cortège funèbre de nos cœurs d’alouettes.