Mots


29
Nov 09

Nos mots (9)

Même pas une note liminaire pas une explication rien de tout ça pas une trace il avait plu mais tout le jour et sous ta robe de capucin tu tentais de trouver quelque logique dans le monde de dieu quelque ligne logique dans cette mare d’incohérence dans le livre la bible qui ne quittait jamais tes mains mais noyé de tout ça de la douleur des averses tu te disais qu’une trépanation aurait été de tes souhaits – oublier ça t’oublier toi l’oublier lui, enfin.

Le texte tel qu’il s’écrit


20
Oct 09

Nos mots (8)

De loin glissant à même moi je suis entré sur des terres quiètes des terres de vignes festonnées lardées j’ai marché sur les sentes les pierres là concassées étalées et sous quels pas sous quelles semelles celles-là sans doute pas de vent je suis allé jusqu’à cette maison basse et lourde et muette me suis glissé tel voleur dans le chai vide où j’ai joué tel gros chat avec les transparences qui abritaient des mutations des choses plus mystérieuses que nos vies propres  des choses plus sérieuses que nos clameurs j’ai patienté tout le temps nécessaire au mur quelques générations me regardaient me souriaient et moi sans but aucun j’allais à la rencontre de ça une ivresse de mer ce que nous content nos vins quand ils ont traces d’âmes.

18
Oct 09

Ceux de Nos mots (7)

Ceux qui ont face de chien, et grimaçante, que l’on croise dans la rue sans s’y attendre ; ceux qui portent des boots (ce sont des autres) ; ceux qui rêvent d’être des autres, et sont celui ou celle qu’ils sont, et ce sera toujours ainsi ; ceux qui font le tour de la ville, le tour de l’arc de triomphe, le tour de tout, et qui oublient, mais à jamais, de faire le tour d’eux ; ceux qui portent un angor au lieu du coeur, qui se rappelle à eux, qui leur rappelle cette souffrance d’eux ; ceux qui marchent et l’on dirait qu’ils courent ; ceux qui regardent le soleil se glisser entre les feuilles, et qui voudraient que ça s’arrête ; ceux qui font mystère de pollinisation ; ceux qui vont acheter du pain pour préparer la table, mais personne ne s’assoit ; ceux qui respirent dans les à-coups d’eux-mêmes ; ceux qui écrivent de crainte de trouver le bon mot.

Le texte tel qu’il s’écrit


7
Oct 09

Nos mots (6)

Alors piochant dans nos livres passés nos dictionnaires ces réservoirs garde-mangers nous y piochions d’étranges termes espèces de choses de mystères “sterno-cléido-mastoïdien” “transsubstantiation” que nous posions dessus nos tables de travail nos feuilles pour y tourner autour pour dans la langue tracer des sentes des sentiers de découverte de surprise pour dans la langue nous chercher et nous trouver peut-être pour dans la langue devenue lande (quelque chose comme un monde parallèle) marcher jusqu’à ne plus en voir rien jusqu’à ce que le jour se lève et nous délivre de nos paroles et nous permette de nous taire gardant pour nous ce que c’est que de creuser là dans l’épaisseur – un vertige sans fin et sans filets.

4
Oct 09

Nos mots (5)

Nous dans nos cours d’école jouant à la marelle à saute-mouton dans les cris les bousculements de nous enfants de nous restés enfants qui le demeurerions à tout jamais enfin au moins le temps que les adultes que nous allions devenir se souviendraient d’eux-mêmes de nous enfants hurlants jouant parcourant en tous sens l’aire bornée grillagée du monde d’alors et puis soudain au signal du maître de la maîtresse (elle qui trouverait mort face contre platane) rangés sages attentifs alignés parfaitement et puis assis sans plus bouger à écouter essayer de comprendre comprenant et puis n’ayant plus rien d’autre à faire que de partir mais sans esquisser un seul mouvement en rêve seulement les yeux ouverts dans des aventures sans fin au sein desquelles à l’arc nous chassions et d’une seule flèche abattions et en pleine charge d’énormes bêtes des cerfs un sanglier et d’autres encore mais trop informes pour en donner le nom pour qu’ils aient même nom – des monstres en somme, mais de songes seulement.

29
Sep 09

Chamane

Alors laisser venir monter gonfler une sorte de mélopée une sorte de pulsation et ne pas craindre sa propre faiblesse sa pauvre et si commune comment dire vulnérabilité ne pas laisser autour de soi monter ses murs ses frontières ses enceintes ne pas vivre cela comme une maudite solitude une insularité de punition nous dans nous-mêmes quoi enfermés confits quoi enkystés à vivre de chiches vies de chiches rêves de chiches espoirs jeter tout ça et cul par-dessus tête cracher à l’horizon aller en pleine mer en pleine terre pour y chercher d’autres nous-mêmes et d’autres réellement autres réellement autres que nous qui nous diraient ce que nous savions tous ce que nous ne savions même plus que nous sommes seulement nos passagers et clandestins encore – sans images sans espoirs que ferons-nous de nous à nous-mêmes amarrés ?


27
Sep 09

Nos Mots (4)

Et ce n’est qu’un éclair quand tu retrouves tout identique mais pas de spleen seulement ça la masse des souvenirs amassés là tranquillement éteints dans la remise nulle lancinance en cette douleur mais son effacement et lent et comme certain irréfutable sous la gouge du temps qui y creuse chemins qui y dessine ce qui ressemble mais tu ne le comprends qu’à la toute fin à ton visage ce qui de toi fait une esquisse – te reste à la mener à son achèvement.

26
Sep 09

Nos mots (3)

Palimpseste de la nuit son insomnie qui ne sert donc qu’à ça installer ta dérive te faire te perdre dans une carte n’existant pas secrète géographie de toi où tu demeures perdu errant rêvant à quoi des ailleurs inconnus des terres distantes de toi des oiseaux sans regards tichodromes d’arc-en-ciel et puis leurs vols rasants dans la lâcheté du crépuscule la fuite du jour las à moins que ce ne soit l’aube déjà pour toi tu ne sais plus dans quel infime repli du temps tu es roulé dans quel linceul tu attends patient la levée des absences.

Le texte tel qu’il s’écrit
Vos mots


25
Sep 09

Nos mots (2)

Decrescendo toi parcourant ta nuit la nuit qui est en toi depuis l’enfance sans que tu saches ce qui alimente ça ce drapé là cette langueur de toi ce qui dedans persiste à te tenir vacant et vain et immobile balbutiant dans le silence la syncope des jours ceci trouvé dans le grenier que tu transportes vieilles images vieilles revues lettres jamais ouvertes et toutes ces choses et tous ces signes qui témoignent du temps mieux où tu n’étais même pas encore pensé même pas rêvé tranquille au moins – même pas vivant même pas mort, tranquille.

Le texte tel qu’il s’écrit
Vos mots


24
Sep 09

Nos mots (1)

Alors ouvrant la porte ce qui est arrivé était escadre essaim quoi quelque chose comme des guêpes une nuée mais de leurs mots et pas des miens pas encore des miens et il fallait dedans lutter contre une sorte de désordre qu’ils m’amenaient une sorte de chaos celui de leur vocabulaire à moi presque étranger enfin lointain et peu à peu entrer dedans et à pas lents avec ces gestes prudents que nous prenions jadis pour explorer les bois ne pas nous faire prendre pas nous faire piéger mais il n’y avait pas ce risque nulle mâchoire pour se fermer nulle nasse pour nous saisir seulement ça le babil de nos mots soudain poussés à la rencontre.

Le texte tel qu’il s’écrit

Vos mots