Et donc ce serait quoi des souvenirs des sortes d’images entreposées entassées déposées dedans des sacs des paniers à l’osier fatigué à l’osier chuchotant que tu rangerais dans des pièces fermées des pièces closes même à toi-même et dont jamais tu ne ferais d’inventaire jamais de tri jamais rien de cela tu risquerais à déranger le temps d’en mélanger les cartes alors laisser tout ça faire des couches des strates des amoncellements et n’y mettre jamais les mains – mais le regard si, tu sais que tu n’y pourras mais.
Ecrire, enregistrer
21
Feb 10
Traverser (v.4)
Qu’il suffirait de traverser la ville, le monde derrière, et prendre pour ça des trains comme au hasard, les yeux fermés, sans réfléchir, dans des gares de plus en plus étranges, lointaines, et vides à mesure de toi, jusqu’à descendre parfois à des arrêts où rien n’indiquait une présence humaine, pas un signal, pas une bâtisse, seulement une route filant par là et puis par là, et là descendre encore moulu, poser ton sac, laisser partir le convoi, te retourner, ne voir rien, n’entendre rien que la ferraille des wagons qui s’éloignait, et puis le vent, et que ça serait tout ?
14
Feb 10
Vaisseau
Et ça craquait de toutes parts tu sentais bien dedans le bois qui se faussait et qui ployait ça frémissait mais sans casser juste comme ça ça gauchissait ça tentait de prendre d’autres voies tentait d’autres formes et de toutes parts même là-haut dans le gréement il y avait certains changements qui disaient tout ne disaient rien et malgré ça même par grand vent ça tenait bien tenait encore ton corps était une vieille barque et dans tes rêves un quatre-mâts quoi cette écume quoi la tempête et le battement lourd des mers et ces lèvres hautes qui baisent les phares tu rêves toujours de partir mais chaque matin tu es au port – marin d’eau douce à l’âme verte, ton horizon a tout d’une ancre.
29
Nov 09
Nos mots (9)
Même pas une note liminaire pas une explication rien de tout ça pas une trace il avait plu mais tout le jour et sous ta robe de capucin tu tentais de trouver quelque logique dans le monde de dieu quelque ligne logique dans cette mare d’incohérence dans le livre la bible qui ne quittait jamais tes mains mais noyé de tout ça de la douleur des averses tu te disais qu’une trépanation aurait été de tes souhaits – oublier ça t’oublier toi l’oublier lui, enfin.
27
Oct 09
Tombeau de toi
Tombeau de toi sur la terre vaine et pourquoi donc ces parfums et pourquoi donc ces images des fruits coupés et puis ce bruit que ça faisait et puis cela qui en coulait sang de ces poires cette bouillie à chairs blanches qui irait dormir là-bas dans ces barriques à ventres rances pour y pourrir à gros bouillons pour y devenir dans le mystère du bouilleur (c’était le seul) ces larmes-là dans leurs verres bas – conte d’une fête terminée, tombeau de toi, tombeau de toi.
20
Oct 09
Nos mots (8)
18
Oct 09
Ceux de Nos mots (7)
Ceux qui ont face de chien, et grimaçante, que l’on croise dans la rue sans s’y attendre ; ceux qui portent des boots (ce sont des autres) ; ceux qui rêvent d’être des autres, et sont celui ou celle qu’ils sont, et ce sera toujours ainsi ; ceux qui font le tour de la ville, le tour de l’arc de triomphe, le tour de tout, et qui oublient, mais à jamais, de faire le tour d’eux ; ceux qui portent un angor au lieu du coeur, qui se rappelle à eux, qui leur rappelle cette souffrance d’eux ; ceux qui marchent et l’on dirait qu’ils courent ; ceux qui regardent le soleil se glisser entre les feuilles, et qui voudraient que ça s’arrête ; ceux qui font mystère de pollinisation ; ceux qui vont acheter du pain pour préparer la table, mais personne ne s’assoit ; ceux qui respirent dans les à-coups d’eux-mêmes ; ceux qui écrivent de crainte de trouver le bon mot.
11
Oct 09
Ce qui nous tient debout (après)
Ce qui nous tient debout après : des images de rien, et leurs contours de franges ; la ruée des bleuets dans le mystère d’août ; cette source à dents de glace qui bouscule la colline.
Ce qui nous tient debout enfin : le geste que nous faisons, et pour nous effacer ; chaque tempête franchie sans y laisser de nuit ; et là sur le chemin, nos pas à même neige.
10
Oct 09
Ce qui nous tient debout (3)
Ce qui nous tient debout : le pain à mie de nous ; ces mille papillons qui ne sont que d’automne. Ce qui nous tient debout : nos morts et ce qu’il faut leur dire encore ; toutes les maisons que nous voulons construire pour y veiller longtemps ; les fenêtres éclairées, les ruelles à foison ; ce qui tourne les pages, qui pourrait être ton souffle.
9
Oct 09
Ce qui nous tient debout (2)
8
Oct 09
Ce qui nous tient debout
Ce qui nous tient debout : les aspérités du souvenir, où nous laissons peau de nos doigts et celle des lèvres ; la porcelaine du jour, qu’il soit rêvé ou vrai ; celui que nous avons été, celui que nous serons si la rivière n’entre pas dans une crue de colère, de lassitude ; quatre cailloux que nous gardons, espoirs de fronde, dans la poche trouée de nos vêtures. Ce qui nous tient debout : le baiser des violettes et celui des iris ; toute une allée tilleul, mais vue de son dessous ; le devisement de nous, dans son éternité.
7
Oct 09
Nos mots (6)
4
Oct 09
Nos mots (5)
30
Sep 09
Tombeau
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Tendu. A l’affût de moi-même. Patient. Et puis cela venait et je sombrais dans quoi le sommeil les rêves les bas-fonds de tout ça les basses-fosses de moi les oubliettes du temps et là-dedans errant je rencontrais croisais la cohorte morne des âmes des mots des livres oubliés de ceux jamais écrits des vies jamais vécues ou juste rêvées imaginées et dans la brume faisant comme des possibles des paysages et d’autres lieux et d’autres visages et moi dedans cette chose que je portais dedans cela allant passant chaland de moi de tout cela en moi posé déposé là sans distinction immense fatras et moi encore descendant dans ce qui était comme une cave un gouffre un secret bien gardé et débouchant en ce lieu-là où m’attendais cela mon nom en lettres d’or et moi dessous à attendre quoi – l’éternité ?
29
Sep 09
Chamane
Alors laisser venir monter gonfler une sorte de mélopée une sorte de pulsation et ne pas craindre sa propre faiblesse sa pauvre et si commune comment dire vulnérabilité ne pas laisser autour de soi monter ses murs ses frontières ses enceintes ne pas vivre cela comme une maudite solitude une insularité de punition nous dans nous-mêmes quoi enfermés confits quoi enkystés à vivre de chiches vies de chiches rêves de chiches espoirs jeter tout ça et cul par-dessus tête cracher à l’horizon aller en pleine mer en pleine terre pour y chercher d’autres nous-mêmes et d’autres réellement autres réellement autres que nous qui nous diraient ce que nous savions tous ce que nous ne savions même plus que nous sommes seulement nos passagers et clandestins encore – sans images sans espoirs que ferons-nous de nous à nous-mêmes amarrés ?
28
Sep 09
Toujours les mêmes
Toujours les mêmes histoires de quoi de nous de rien que nous nous transmettions de vives voix toujours au feu des cheminées autour des tables des verres vidés et puis remplis et puis vidés et comme cela durant des heures dans l’aigre vent de nos haleines dans la chaleur de nos alcôves et là parfois juste au moment où nous passions où nous crevions où nous venaient quoi des remords et puis souvent bien plus souvent accoudés aux clôtures de nos champs morts tout le temps de l’hiver tout le temps que passaient aux crêtes des collines les mornes corbeaux noirs ces saloperies noires d’oiseaux toujours moqueurs que nous ne chassions plus à force de l’avoir fait toujours les mêmes histoires faites de nous de rien et que nous nous passions pour ne plus les porter toujours les mêmes histoires de sang de morts de cris de haines doucement fermentées de celles de la vallée de nous de nos maisons de nous et de nos terres de nous toujours de nous.
extrait de “Nous”, en chantier
27
Sep 09
Nos Mots (4)
26
Sep 09
Nos mots (3)
Palimpseste de la nuit son insomnie qui ne sert donc qu’à ça installer ta dérive te faire te perdre dans une carte n’existant pas secrète géographie de toi où tu demeures perdu errant rêvant à quoi des ailleurs inconnus des terres distantes de toi des oiseaux sans regards tichodromes d’arc-en-ciel et puis leurs vols rasants dans la lâcheté du crépuscule la fuite du jour las à moins que ce ne soit l’aube déjà pour toi tu ne sais plus dans quel infime repli du temps tu es roulé dans quel linceul tu attends patient la levée des absences.
25
Sep 09
Nos mots (2)
Decrescendo toi parcourant ta nuit la nuit qui est en toi depuis l’enfance sans que tu saches ce qui alimente ça ce drapé là cette langueur de toi ce qui dedans persiste à te tenir vacant et vain et immobile balbutiant dans le silence la syncope des jours ceci trouvé dans le grenier que tu transportes vieilles images vieilles revues lettres jamais ouvertes et toutes ces choses et tous ces signes qui témoignent du temps mieux où tu n’étais même pas encore pensé même pas rêvé tranquille au moins – même pas vivant même pas mort, tranquille.
24
Sep 09
Nos mots (1)
Alors ouvrant la porte ce qui est arrivé était escadre essaim quoi quelque chose comme des guêpes une nuée mais de leurs mots et pas des miens pas encore des miens et il fallait dedans lutter contre une sorte de désordre qu’ils m’amenaient une sorte de chaos celui de leur vocabulaire à moi presque étranger enfin lointain et peu à peu entrer dedans et à pas lents avec ces gestes prudents que nous prenions jadis pour explorer les bois ne pas nous faire prendre pas nous faire piéger mais il n’y avait pas ce risque nulle mâchoire pour se fermer nulle nasse pour nous saisir seulement ça le babil de nos mots soudain poussés à la rencontre.