09
Feb 10

Loire – bancs

Ainsi nos morts que nous laissions aux noeuds de l’eau dans leurs suaires de riens, draps à peine tissés, chemises et toutes froissées, et qui restaient nos compagnons aussi longtemps qu’il leur plaisait, aussi longtemps qu’ils le pouvaient, demeurant bien souvent presque à portée de rêves à nous narguer de leurs yeux sans détours.


07
Feb 10

1J2L

Et de nous crânes à vrilles de bois.


05
Feb 10

1J2L

Celui qui est devenu ses masques.


03
Feb 10

1J2L

Toutes ces femmes dont nous tombions fous amoureux en pleine rue, imaginées.


02
Feb 10

Matines

Ainsi soit-il disait toujours le prêtre et nous nous demandions de qui de quoi il pouvait bien parler lorsque nous éveillant juste après le mitan de la nuit juste après ce moment où elle se déversait vers le jour d’après nous sortions de nos couches éveillés sans savoir pourquoi par quoi ouvrant les yeux d’un coup presque en bêtes sur le qui-vive et puis grognant sortant du lit froissé puant humide de nous de nos sueurs fluides transpirations et nous traînant dehors poussant la porte de l’épaule le froid nous sautant à la gorge et puis au ventre dehors tant sombre qu’on ne voyait même pas sa main alors le reste…

Ainsi soit-il, extraits


30
Jan 10

1J2L

Celui qui des nuages devine l’envers.


29
Jan 10

1J2L

Nos gestes de terre cuite dans la bascule de nous.


28
Jan 10

1J2L

Enfance de tous les morts, acidulée.


25
Jan 10

1J2L

Pas nos espoirs mais ce qu’ils tiennent, notre ossature.


24
Jan 10

1J2L

Et quand muets serons, qui parlera ?


22
Jan 10

1J2L

Perte de moi et nulle pierre semée – comment me retrouver ?


19
Jan 10

Loire V

Quelque chose comme passer le fleuve le long du chemin grandissaient les jambes d’acier des grues des hommes pendant qu’en bas et jusqu’au ventre de l’horizon fondait une langue grise celle de l’eau celle du temps et nos regards qui portaient loin cherchaient nos traces celles laissées par ceux d’avant de part et d’autre de nos rives c’était nos rêves tels navires sans cesse poussés et là ce qui comptait n’était pas l’océan dont nous savions qu’il arrivait mais ce que nous pouvions cueillir recueillir au fil de l’eau le long des terres mais ce que nous pouvions voir passer et qui nous regardait passer ombres de l’aube de celles qui ont apparences de fantômes de spectres que l’on devine se faufilant entre les rideaux des haleines du courant de la bête de la puissante bête qu’est cette chose jamais domptée jamais tenue et dont on sentait bien à s’y laisser porter qu’elle ne nous y laissait que par mansuétude et puis aussi pour s’amuser de nous marins d’eau douce partis à la conquête de nous seulement ça – nos enfances étaient d’îles alors partir et les chercher et les voir arriver se découvrir de leurs linges timides les voir émerger presque comme à regrets juste au-dessus de l’eau les voir devenir moins floues à mesure que nous les touchions doucement les abordions avec ce sentiment d’aller trop loin de prendre risque de briser quelque chose leur solitude la solitude des îles ce qui explique que souvent et malgré tout malgré ce que nous portions de désir nous n’abordions même pas ne les abordions pas restions passions à belle distance manière de les laisser dans l’abandon de leur présence manière aussi de nous laisser nos chances de pouvoir demeurer dans notre si longue et si douce quête (et ce n’était pas les moins braves qui longtemps restaient là à la poupe de nous à regarder s’effacer ces terres basses à les laisser comme se gommer elles-mêmes – personne alors pour leur parler les consoler puisqu’il aurait fallu les consoler d’eux-mêmes) et puis quoi avancer dériver des jours durant il suffisait de se laisser porter le courant se chargeait de tout peu à peu les bords reculaient nous ne les devinions quasiment plus ou alors à grand peine et nous ne faisions plus efforts nos regards n’allaient plus à la rencontre de la terre mais droit devant vers le venant des jours durant s’user les yeux attendre attendre des traces blanches sur les nuages nous laissaient présager dormir était devenu presque impossible nous sentions bien que ça s’accélérait que ça allait plus vide dessous et puis dedans ne pas lutter ne même pas résister nous devions à présent ne plus avoir figure humaine mais naufragée peu importait personne pour nous voir et c’était bien l’un de nos buts l’autre arrivant comme cela en pleine pliure de l’aube un jour où nous venions seulement de reprendre conversation arrivant comme cela inattendu dans sa ruée bousculant tout et sans douceur bousculant tout et du monde jetant à bas toute limite et nous enfin barre droit devant comme éperdus et disparus touchant à lui et n’y croyant même pas encore et y sombrant et corps et âme mais d’âme nous n’avions plus ou alors à sa seule taille – océan-là, nos retrouvailles.


18
Jan 10

Loire IV

Quelque chose comme passer le fleuve le long du chemin grandissaient les jambes d’acier des grues des hommes pendant qu’en bas et jusqu’au ventre de l’horizon fondait une langue grise celle de l’eau celle du temps et nos regards qui portaient loin cherchaient nos traces celles laissées par ceux d’avant de part et d’autre de nos rives c’était nos rêves tels navires sans cesse poussés et là ce qui comptait n’était pas l’océan dont nous savions qu’il arrivait mais ce que nous pouvions cueillir recueillir au fil de l’eau le long des terres mais ce que nous pouvions voir passer et qui nous regardait passer ombres de l’aube de celles qui ont apparences de fantômes de spectres que l’on devine se faufilant entre les rideaux des haleines du courant de la bête de la puissante bête qu’est cette chose jamais domptée jamais tenue et dont on sentait bien à s’y laisser porter qu’elle ne nous y laissait que par mansuétude et puis aussi pour s’amuser de nous marins d’eau douce partis à la conquête de nous seulement ça – nos enfances étaient d’îles alors partir et les chercher et les voir arriver se découvrir de leurs linges timides les voir émerger presque comme à regrets juste au-dessus de l’eau les voir devenir moins floues à mesure que nous les touchions doucement les abordions avec ce sentiment d’aller trop loin de prendre risque de briser quelque chose leur solitude la solitude des îles ce qui explique que souvent et malgré tout malgré ce que nous portions de désir nous n’abordions même pas ne les abordions pas restions passions à belle distance manière de les laisser dans l’abandon de leur présence manière aussi de nous laisser nos chances de pouvoir demeurer dans notre si longue et si douce quête (et ce n’était pas les moins braves qui longtemps restaient là à la poupe de nous à regarder s’effacer ces terres basses à les laisser comme se gommer elles-mêmes – personne alors pour leur parler les consoler puisqu’il aurait fallu les consoler d’eux-mêmes) et puis quoi avancer dériver des jours durant il suffisait de se laisser porter le courant se chargeait de tout peu à peu les bords reculaient nous ne les devinions quasiment plus ou alors à grand peine et nous ne faisions plus efforts nos regards n’allaient plus à la rencontre de la terre mais droit devant vers le venant des jours durant s’user les yeux attendre attendre des traces blanches sur les nuages nous laissaient présager dormir était devenu presque impossible nous sentions bien que ça s’accélérait que ça allait plus vide dessous et puis dedans ne pas lutter ne même pas résister nous devions à présent ne plus avoir figure humaine mais naufragée peu importait personne pour nous voir et c’était bien l’un de nos buts.


17
Jan 10

Bergerie

Installation et cliché : Jean-Pierre BRAZS

Était-ce nous nos os ce que nous laissions de squelettes comme brindilles à même le sol à même le foyer ceux qui passaient ensuite ne trouvaient jamais que cela déposé là abandonné les attendant – nous avions pris grand soin de ne laisser que ça avions pris tout le temps pour en faire cette chose parfaite qui disait tout qui disait nous et de ce feu jamais éteint nous étions faits tout autour les murs la bergerie étaient comme frissonnants qui portaient la masse chaude des bêtes leurs odeurs de suints et si une feuille sèche tombée d’on ne sait où venait à cheminer sous le vent impatient tous attendaient qu’elle s’arrête pour que reviennent les bruits que personne n’entend, ces légendes aux mains noires, toutes nos histoires en somme.


16
Jan 10

Loire III

Quelque chose comme passer le fleuve le long du chemin grandissaient les jambes d’acier des grues des hommes pendant qu’en bas et jusqu’au ventre de l’horizon fondait une langue grise celle de l’eau celle du temps et nos regards qui portaient loin cherchaient nos traces celles laissées par ceux d’avant de part et d’autre de nos rives c’était nos rêves tels navires sans cesse poussés et là ce qui comptait n’était pas l’océan dont nous savions qu’il arrivait mais ce que nous pouvions cueillir recueillir au fil de l’eau le long des terres mais ce que nous pouvions voir passer et qui nous regardait passer ombres de l’aube de celles qui ont apparences de fantômes de spectres que l’on devine se faufilant entre les rideaux des haleines du courant de la bête de la puissante bête qu’est cette chose jamais domptée jamais tenue et dont on sentait bien à s’y laisser porter qu’elle ne nous y laissait que par mansuétude et puis aussi pour s’amuser de nous marins d’eau douce partis à la conquête de nous seulement ça – nos enfances étaient d’îles alors partir et les chercher et les voir arriver se découvrir de leurs linges timides les voir émerger presque comme à regrets juste au-dessus de l’eau les voir devenir moins floues à mesure que nous les touchions doucement les abordions avec ce sentiment d’aller trop loin de prendre risque de briser quelque chose leur solitude la solitude des îles ce qui explique que souvent et malgré tout malgré ce que nous portions de désir nous n’abordions même pas ne les abordions pas restions passions à belle distance manière de les laisser dans l’abandon de leur présence manière aussi de nous laisser nos chances de pouvoir demeurer dans notre si longue et si douce quête (et ce n’était pas les moins braves qui longtemps restaient là à la poupe de nous à regarder s’effacer ces terres basses à les laisser comme se gommer elles-mêmes – personne alors pour leur parler les consoler puisqu’il aurait fallu les consoler d’eux-mêmes).


15
Jan 10

Loire II

Quelque chose comme passer le fleuve le long du chemin grandissaient les jambes d’acier des grues des hommes pendant qu’en bas et jusqu’au ventre de l’horizon fondait une langue grise celle de l’eau celle du temps et nos regards qui portaient loin cherchaient nos traces celles laissées par ceux d’avant de part et d’autre de nos rives c’était nos rêves tels navires sans cesse poussés et là ce qui comptait n’était pas l’océan dont nous savions qu’il arrivait mais ce que nous pouvions cueillir recueillir au fil de l’eau le long des terres mais ce que nous pouvions voir passer et qui nous regardait passer ombres de l’aube de celles qui ont apparences de fantômes de spectres que l’on devine se faufilant entre les rideaux des haleines du courant de la bête de la puissante bête qu’est cette chose jamais domptée jamais tenue et dont on sentait bien à s’y laisser porter qu’elle ne nous y laissait que par mansuétude et puis aussi pour s’amuser de nous marins d’eau douce partis à la conquête de nous seulement ça – nos enfances étaient d’îles alors partir et les chercher.


12
Jan 10

Loire

Quelque chose comme passer le fleuve le long du chemin grandissaient les jambes d’acier des grues des hommes pendant qu’en bas et jusqu’au ventre de l’horizon fondait une langue grise celle de l’eau celle du temps et nos regards qui portaient loin cherchaient nos traces celles laissées par ceux d’avant de part et d’autre de nos rives c’était nos rêves tels navires sans cesse poussés.


11
Jan 10

Ombres

Ombres derrière dedans de moi ombres partout chemin de moi ombres sur les ombres et qui m’attendent ombres qui poussent ombres qui chantent ombres dans mes rêves ce sont cauchemars ombres du vent le temps de l’ombre ombres des mots ce qui est là mais n’a nulle face nul visage ombres qui tuent et c’est lutter que de rester mais tout le jour à les attendre sur leurs passées main au collet pour les piéger tenter au moins ombres qu’on fuit et qu’on affronte et qui nous tuent mais nous d’abord les meurtrissons ce sont nos sources et nos racines ombres de nous ombres de moi ce que j’extirpe pour n’en étouffer pas de suite.


10
Jan 10

Volets fermés

Celui qui vit volets fermés et dans sa vie et dans sa tête pour échapper à son reflet à ses regrets aux souvenirs à ce qu’il reste de ses hiers aux paroles mortes de tous ses morts aux portes closes qu’il a tenu aux regards sourds des gens qui passent – comme chaque été les granges brûlaient et nous jouions tels les enfants que nous étions grimpés là-haut oui tout là-haut dans les cerisiers à perles de sang te souviens-tu te souviens-tu j’ai tes yeux noirs en face de moi et chaque jour je t’attends.


09
Jan 10

Complies

Ainsi soit-elle que nous pensions la nuit déjà à notre porte à se demander où elle était restée cachée toute la journée commençant toujours du bout de la vallée à arriver rampante et nous qui n’y prêtions pas garde souvent trop occupés au près des bêtes ou des enfants c’était presque pareil finalement n’entendions rien ne sentions rien pas un seul souffle pas un mouvement et puis soudain elle était là sur notre épaule à nous pousser à mordiller le peu de nous que nous laissions à découvert…

Ainsi soit-il, extraits