Posts Tagged ‘Les questions qui grattent’

Le chercheur et le curling


13 Jul

Quelques remarques en vrac autour des Estivales 2010 (je n’ai pas trouvé trace des interventions, présentations, etc, en ligne. J’ai sans doute mal regardé…) et des billets que RM consacre à ces estivales ici et .

En préliminaire : la très très grosse majorité d’entre nous ne fera pas de recherches parce que ce n’est pas notre métier. De plus, même si, comme RM le fait remarquer, le concours de conservateur est à niveau licence, l’immense majorité des lauréats a déjà fait de la recherche dans son cursus pré-concours. Partant, la recherche n’a aucune place au sein de la formation initiale des conservateurs puisque tous les conservateurs savent de quoi il retourne.

Donc :

  • Je ne comprends pas quelle est la prétendue valeur ajoutée du conservateur-chercheur :  le fait d’avoir fait de la recherche ne nous donne aucune compétence supplémentaire aux yeux des élus, qui se contrefichent d’avoir en face d’eux un docteur en je ne sais pas quoi, et voudraient sans doute plutôt se confronter à des managers dynamiques et des gestionnaires efficaces (sinon, pourquoi est-ce que l’on verrait des recrutements comme celui de la BM de Toulouse ? Si les élus voulaient des chercheurs, ils prendraient des chercheurs, ce n’est pas ce qui manque) ;
  • Arguer du fait que le fait d’être docteur dans un domaine aide à comprendre les chercheurs de ce domaine et à mieux acquérir pour eux, me fait tomber de ma chaise, pour une raison simple : payer un cadre A+ pour passer des commandes de bouquins, franchement, c’est n’importe quoi. Un conservateur n’a pas à être un acquéreur. Passer un doctorat pour bipper Livres Hedbo, c’est un peu too much ;
  • Stratégiquement, penser qu’il faut faire des conservateurs des chercheurs (i.e. orienter leur formation initiale sur cet axe) pour sauver les meubles et/ou le métier est à mes yeux une très grossière erreur. C’est typiquement un réflexe de crispation identitaire, du type de ceux qui se produisent dans les métiers qui ne correspondent plus à la réalité des pratiques et des besoins, comme quand les éditeurs papier vous expliquent comment leur métier est irremplaçable en faisant de la surenchère professionnelle. Les conducteurs de diligence, les mineurs de fond et autres professionnels disparus sont la preuve que c’est une erreur. Un métier existe et sert à quelque chose en correspondant à des besoins réels.

Cette thématique de la recherche et des conservateurs me hérisse au dernier degré, parce qu’elle se construit toujours peu ou prou sur ce schéma :

  • Nous servons les chercheurs ;
  • Pour bien les servir, il faut être chercheur soi-même ;
  • Donc le conservateur doit être lui-même un chercheur (CQFD).

Or cet argumentaire oublie que la grosse majorité de notre public (Bu et Bm confondu d’ailleurs) est très très loin de la recherche. On ne peut pas dire qu’il faut préparer les futurs conservateurs à travailler avec des chercheurs quand il est tout simplement évident que ce ne sera pas le cas. Un étudiant de L (je rappelle que les L constituent numériquement le socle de nos usagers en Bu – il faudra que je revienne là-dessus) se fout de savoir que j’ai fait une thèse sur X, Y ou Z. Il s’en fout et il a raison. Lui, sa question, c’est “Pourquoi la bibliothèque est encore fermée ?”.

Bref. Voir que les Estivales sont consacrées à des sujets pareils m’attriste. J’espère simplement que ce n’est pas le signe que la réforme tant annoncée du DCB, et dont on ne sait rien (aucun compte-rendu de groupe de travail, pour un débat qui devrait être public), ne va pas renforcer la place de la recherche dans notre formation.

PS : pourquoi mon titre ? Parce que je pense en mon for intérieur que les tenants du conservateur comme chercheur (et ils sont nombreux) sont eux-mêmes des chercheurs passionnés par une discipline et une démarche de recherche (ce qui est en soi éminemment respectable). Ils tendent alors à tout voir par ce prisme déréalisant et se persuadent que leur métier doit être un vecteur de leur passion et favoriser l’expression de cette passion (pour eux et les autres passionnés). Un peu comme si, passionné de curling, je disais que tout conservateur doit faire du curling à l’Enssib et que le curling est essentiel dans le métier de conservateur. Or le curling, ce doit rester une passion personnelle, un hobby, pas un élément structurant de la formation de futurs professionnels qui ne feront jamais de curling.

PS2 : je pense vraiment que le curling est essentiel dans le métier de conservateur…

 

Digital native


03 Jun

Question : comment préparer nos bibliothèques à accueillir Clémentine ?

source Cnet (via Franck – je crois)

Faites le mur !


19 May

Vous êtes séparés de votre nouveau bâtiment par 10 mètres de BA13 (placo, pour les intimes) provisoire. Vous apprenez que les hommes de l’art vont arracher cette cloison dans 10 jours. Que faites vous ?

 

a) vous fermez la bibliothèque à J-5 pour vous préparer moralement

b) vous  commandez un nouveau stock de bouchons d’oreilles et collez un A4 sur la porte d’entrée annonçant de nouvelles nuisances

c) vous cassez une bouteille de Gourmandise du gué d’Orger sur la cloison avec vous-même pour fêter ça

d) rien

e) vous organisez un petit déjeuner ouvert à tous en présence de l’architecte et prévoyez l’ouverture progressive d’oculi vers la BU neuve

f) vous proposez aux gens de partir avec des bouts de mur avant que l’entreprise ne démolisse tout.

g) vous fermez la BU le jour des travaux sans prévenir avant, histoire que les étudiants se cassent les dents sur la porte

h) vous proposez aux étudiants de s’approprier le mur avec leurs mots pendant 4 jours avant sa destruction, histoire de les prévenir qu’il va se passer quelque chose

Et que croyez-vous que nous choisîmes* ?

* indices sur un autre mur

 

Et un raton laveur


03 May

Dans la bibliothèque* il y a…

  • des stalles avec banquettes, tables et écrans plats pour travailler ses présentations
  • des tableaux blancs dans toutes les salles de travail de groupe
  • un coin prières multiconfessionnel
  • des millions de livres en accès libre
  • des petits lieux conviviaux où s’étaler
  • deux bureaux qui ferment pour les chercheurs en visite
  • des bibliothécaires experts faciles à trouver (nom et compétence signalés à chaque étage thématique)
  • deux ratons laveurs
  • des grandes poubelles de tri sélectif
  • des sèche mains Dyson et des porte manteaux dans les toilettes
  • des toilettes à tous les étages
  • des techniciens informatiques pour aider les usagers
  • des scanners
  • des imprimantes qui marchent depuis tous les PC dont une ou deux en couleur
  • des photocopieurs qui agrafent les copies, font agrandissements et réduction et recto-verso
  • un scanner-photocopieur couleur A0+++ pour les cartes et plans à tarif “étudiant”
  • des fontaines à eau fraîche gratuites
  • une équipe de nettoyage présente toute la journée
  • des pianos et leurs casques d’écoute
  • etc.

Et vous, qu’avez-vous dans vos BU** ? Que voudriez-vous proposer in situ à vos usagers ?

* au hasard, à la UoGL

** inventaires bienvenus, Face écran a des ratons laveurs en stock

Drame en 4 actes


05 Apr

En ce lundi de Pâques, une petite histoire :

  • Acte 1 : je repère ce matin sur Libération cette interview de Marin Dacos et je twitte derechef l’information ;
  • Acte 2 : deux de mes followers, MxSz et Trevok, me font remarquer fort justement que l’accès à cet article est réservé aux abonnés ;
  • Acte 3 : la BUA proposant Factiva, ce qui me donne un plein accès à ce papier, mon premier réflexe est de mailer aux deux followers en question le PDF tiré de Libération (ce qui rendrait à confirmer que je suis un pirate). Mais ne tenant tout de même pas à passer les trois prochaines années dans une geôle, je demande aux deux followers concernés si, par hasard, ils n’auraient pas accès, via la Bu dont ils dépendent, et légalement, à cet article ;
  • Acte 4 : il s’avère que les deux followers concernés, tous les deux très proches (c’est un euphémisme) des milieux universitaires et des bibliothèques, n’ont même pas pensé que leur bibliothèque pouvait être l’endroit où ils trouveraient à lire la vision que Marin Dacos peut avoir de l’Ipad.

Moralité ? Je vous laisse la tirer vous-même de ce qui précède. Pour ce qui me concerne, cette petite anecdote m’interroge sur la place que les Bu ont dans le paysage documentaire ; et sur le travail qu’elles ont à faire pour simplement devenir/rester visible – même pour ceux qui les fréquentent assidument.

Last one


25 Mar

Comme je m’étais engagé il y a longtemps, bien avant ça, et qu’il y a une part de pédagogique (les jeunes générations, l’espoir de la profession, tout ça) je suis intervenu ce jour à l’IUT des métiers du Livre de Bordeaux. J’y expose l’expérience de prêt de Livrels en route à la Bu depuis septembre 2008, et ce que tout cela m’inspire. Comme d’habitude, mon support est ci-dessous.

PS : les images de la présentation sont issues de Flickr et sont sous licence CC-BY-NC-SA ; elles sont toutes cliquables.

PS2 : très bientôt, des articles avec des vrais mots dedans, pour compléter mon propos.

L’accueil commence par les toilettes


02 Mar

Restaurant TaïwanUn quart des bulletins “une remarque, une suggestion” en 2009. Une trentaine d’interventions “exceptionnelles” dans l’année. 12 000 € de budget pour la BUA (hors entretien). Une page Facebook de réclamation dédiée.

Qu’est-ce qui nous coûte autant et nous occupe au minimum une fois par semaine ? Quel est donc le refoulé de l’accueil en bibliothèque ? Et oui : les toilettes !

Problème bien français, des écoles aux musées,  il n’épargne pas les bibliothèques publiques.  Un article de Julien Damon, “Toilettes publiques, un droit à mieux aménager”, Droit social, N°1, 2009, p. 103-110  établit clairement le caractère politique et juridique du sujet. Un autre article , publié par le  RUSQ et signalé par Marlène, suggère que la question de “comment les trouver” est souvent un acte fondateur de l’interaction entre public et bibliothécaire.

Pour compléter le tableau,  parce que nous sommes tous concernés, usagers comme gestionnaires, et que j’ai mis du temps à collecter ces informations faute de synthèse sérieuse,  je vous propose une série en 2 volets  sur les toilettes en bibliothèques :

1) Construire, concevoir et équiper des toilettes en bibliothèque publique (avec une synthèse à jour de toutes les fascinantes dispositions légales sur le sujet)

2) Gérer au quotidien les consommables et l’entretien

Crédit image : tous droits réservés Toiletzone, Marton’s restaurant à Taiwan

A la sueur de leurs fronts


19 Jan

Ce blog, comme de nombreux blogs, tourne à l’aide d’un moteur OpenSource, WordPress, que j’ai téléchargé gratuitement. Et ce blog est ce qu’il est, du point de vue formel, parce qu’une série de plugins le customise et apporte des fonctionnalités supplémentaires au moteur de base.

Ces plugins, je les trouve en général sur le site ad hoc et un certain nombre d’entre eux me sont si précieux qu’il m’arrive d’apporter ma contribution financière à leur auteur, en général via Paypal.

Mes questions sont les suivantes : quid d’une rémunération que les structures institutionnelles utilisant certains de ces plugins pourraient également apporter aux auteurs des-dits plugins ? Certains de ceux qui passent ici ont-ils connaissance de pratiques de cet ordre où une Bu, par exemple, soutiendrait directement un individu développeur d’un plugin WordPress ? Est-ce d’ailleurs possible, techniquement (je veux dire, est-ce que nos comptabilités autorisent et savent faire cela ?)

Les commentaires sont ouverts pour vos réponses…

Et on ira pieds nus


07 Jan

(billet un peu bizarre)

Lors de discussions au sein des équipes, sur ce qu’on pouvait tolérer, dans la zone dite libre, de la part des étudiants, importance apparente de la question du pied : les pieds nus sont-ils tolérables dans une bibliothèques ? Y’a débat, on dirait…

Je me dis que le pied nu, c’est l’irruption du corps dans le monde des livres et de la pensée, c’est la Nature qui s’introduit dans l’éther de la Culture, c’est le rappel de ce que nous sommes (de la chair) dans ce que nous voudrions être (pur papier et pures idées).

Le pied nu, c’est aussi le pied de l’Autre dans sa matérialité et sa présence entêtante (vous pouvez refermer un livre quand vous ne l’aimez pas, mais vous ne pouvez pas couper le pied qui ne vous plaît pas). Et puis le pied, c’est la sexualité – et les bibliothèques n’aiment pas ça mais aiment les Enfers.

Bref – la question du pied est loin d’être anodine. A quand une bibliothèque où l’on ira pieds nus ?

Les chiffres de la rentrée


05 Jan

Voici trois chiffres récoltés fin décembre, et que je soumets à votre réflexion en ce début d’année (je pense qu’on reviendra sur le sujet…) :

  • 23887 : c’est le nombre de personnes (étudiants + personnels) inscrites dans le LDAP de l’Université d’Angers au 09 décembre 2009 ;
  • 10601 : c’est le nombre d’inscrits à la Bu au 17 décembre 2009 ;
  • 7162 : c’est le nombre d’inscrits actifs (i.e. que leur compte a enregistré une activité dans les 6 mois précédant le 17 décembre 2009)

Moralité : nos marges de progression sont loin d’être marginales…

Question : quelles explications est-ce que l’on peut trouver à cet écart énorme entre public somme toute captif, et inscrits actifs ?

PS : et vous ? ça donne quoi ?

Face Ecran

Le 'nouveau' blog du taiseux bavard

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