Quelques remarques en vrac autour des Estivales 2010 (je n’ai pas trouvé trace des interventions, présentations, etc, en ligne. J’ai sans doute mal regardé…) et des billets que RM consacre à ces estivales ici et là.
En préliminaire : la très très grosse majorité d’entre nous ne fera pas de recherches parce que ce n’est pas notre métier. De plus, même si, comme RM le fait remarquer, le concours de conservateur est à niveau licence, l’immense majorité des lauréats a déjà fait de la recherche dans son cursus pré-concours. Partant, la recherche n’a aucune place au sein de la formation initiale des conservateurs puisque tous les conservateurs savent de quoi il retourne.
Donc :
- Je ne comprends pas quelle est la prétendue valeur ajoutée du conservateur-chercheur : le fait d’avoir fait de la recherche ne nous donne aucune compétence supplémentaire aux yeux des élus, qui se contrefichent d’avoir en face d’eux un docteur en je ne sais pas quoi, et voudraient sans doute plutôt se confronter à des managers dynamiques et des gestionnaires efficaces (sinon, pourquoi est-ce que l’on verrait des recrutements comme celui de la BM de Toulouse ? Si les élus voulaient des chercheurs, ils prendraient des chercheurs, ce n’est pas ce qui manque) ;
- Arguer du fait que le fait d’être docteur dans un domaine aide à comprendre les chercheurs de ce domaine et à mieux acquérir pour eux, me fait tomber de ma chaise, pour une raison simple : payer un cadre A+ pour passer des commandes de bouquins, franchement, c’est n’importe quoi. Un conservateur n’a pas à être un acquéreur. Passer un doctorat pour bipper Livres Hedbo, c’est un peu too much ;
- Stratégiquement, penser qu’il faut faire des conservateurs des chercheurs (i.e. orienter leur formation initiale sur cet axe) pour sauver les meubles et/ou le métier est à mes yeux une très grossière erreur. C’est typiquement un réflexe de crispation identitaire, du type de ceux qui se produisent dans les métiers qui ne correspondent plus à la réalité des pratiques et des besoins, comme quand les éditeurs papier vous expliquent comment leur métier est irremplaçable en faisant de la surenchère professionnelle. Les conducteurs de diligence, les mineurs de fond et autres professionnels disparus sont la preuve que c’est une erreur. Un métier existe et sert à quelque chose en correspondant à des besoins réels.
Cette thématique de la recherche et des conservateurs me hérisse au dernier degré, parce qu’elle se construit toujours peu ou prou sur ce schéma :
- Nous servons les chercheurs ;
- Pour bien les servir, il faut être chercheur soi-même ;
- Donc le conservateur doit être lui-même un chercheur (CQFD).
Or cet argumentaire oublie que la grosse majorité de notre public (Bu et Bm confondu d’ailleurs) est très très loin de la recherche. On ne peut pas dire qu’il faut préparer les futurs conservateurs à travailler avec des chercheurs quand il est tout simplement évident que ce ne sera pas le cas. Un étudiant de L (je rappelle que les L constituent numériquement le socle de nos usagers en Bu – il faudra que je revienne là-dessus) se fout de savoir que j’ai fait une thèse sur X, Y ou Z. Il s’en fout et il a raison. Lui, sa question, c’est “Pourquoi la bibliothèque est encore fermée ?”.
Bref. Voir que les Estivales sont consacrées à des sujets pareils m’attriste. J’espère simplement que ce n’est pas le signe que la réforme tant annoncée du DCB, et dont on ne sait rien (aucun compte-rendu de groupe de travail, pour un débat qui devrait être public), ne va pas renforcer la place de la recherche dans notre formation.
PS : pourquoi mon titre ? Parce que je pense en mon for intérieur que les tenants du conservateur comme chercheur (et ils sont nombreux) sont eux-mêmes des chercheurs passionnés par une discipline et une démarche de recherche (ce qui est en soi éminemment respectable). Ils tendent alors à tout voir par ce prisme déréalisant et se persuadent que leur métier doit être un vecteur de leur passion et favoriser l’expression de cette passion (pour eux et les autres passionnés). Un peu comme si, passionné de curling, je disais que tout conservateur doit faire du curling à l’Enssib et que le curling est essentiel dans le métier de conservateur. Or le curling, ce doit rester une passion personnelle, un hobby, pas un élément structurant de la formation de futurs professionnels qui ne feront jamais de curling.
PS2 : je pense vraiment que le curling est essentiel dans le métier de conservateur…

Un quart des bulletins “une remarque, une suggestion” en 2009. Une trentaine d’interventions “exceptionnelles” dans l’année. 12 000 € de budget pour la BUA (hors entretien). Une