Vallée #8

(...) un peu ce que nous étions sur ce ban dont nous ne sortions pas ne voulions pas sortir ne pouvions pas et qui était à lui seul l’univers tout entier ramené à quelques hectares de bois vignes terres tassées sur lesquelles nous et les générations passées nous entassions et pourrissions

Vallée #7

(...) mais pas eux pas les chiens dont on aurait pu croire qu’ils finiraient par comprendre qu’ils n’étaient que tolérés ici ainsi que nous mais non les bêtes ne saisissaient pas cela et nous les portions éclatés fruits trop mûrs sur le fumier où ils finissaient de se vider geindre haleter et puis passaient gelaient et devenaient ces choses raides et dures pierres

Vallée #6

(...) nos lits de moins que rien nos lits que nous traînons de maison en maison comme nous allons ici ou là nous marier offrir nos mains nos bras notre travail nos culs ventres nos bouches pour finir ici ou là entre quatre murs qui pourraient tout autant être quatre autres murs voire pas de murs du tout

Vallée #5

(...) ce grand bruit des pieds noirs du temps qui ensuite nous réveillerait la nuit nous secouerait à l'épaule violemment nous ferait nous dresser droits comme cierges dans nos lits détrempés d'une sueur âcre mauvaise vineuse tendre l'oreille des heures durant de plus en plus frissonnants terrorisés n'entendant finalement plus rien que les chiens dehors hurlant sans trop savoir pourquoi

Vallée #4

(...) sur lequel le temps et ses pieds marchaient sans plus de cérémonie que cela mais en faisant un grand bruit sourd qu'on entendait quand on posait la tête sur la terre froide dure terrible qui était notre terre et dans laquelle on savait bien qu'on terminerait alignés à la parade silencieux un temps au moins

Vallée #3

(...) et encore, elles tournaient en rond en s'entassant les unes sur les autres comme nos os dans le cimetière là-bas qui était comme la première pierre du village la première borne du ban la première chose que l'on voyait en arrivant

Vallée #2

(...) des morts qu'on retrouvait dessous les granges à sécher tous pendus comme des oignons sans terre et qu'il fallait décrocher dans les cris hurlements évanouissements des femmes venant de les découvrir la langue bleue énorme la face pour une fois rubiconde sans vin derrière pour en expliquer les rougeurs

Vallée

(...) que nul ne traversait jamais parce qu'il n'y avait rien à traverser que quelques maisons faisant un tas entre les fourches des routes et des ruisseaux