Vallée #17

(...) une chose glauque et immobile et tant vaseuse qu’on devinait à peine sous la surface des animaux qui glissaient mollement et n’attendaient qu’une occasion de surgir à la surface pour y faire de ces bonds à l’issue desquels ayant gobé la mouche qui passait

Vallée #11

(...) nos ventres mangés de toute cette eau, quelque chose qui ne serait pas cette ombre qu’on avalait sans s’en rendre compte avec chaque seconde et qui nous rongeait du dedans et faisait de nous des sacs vides qui bougeaient encore mais seulement par habitudes et par routines celle des saisons celle des vies c’étaient les mêmes et qui son travail de sape terminé nous faisait nous effondr

Vallée #10

(...) dans les cuisines où l’on attendait près du feu on ne savait quoi qui ne serait pas cette ombre claire puis de plus en plus opaque à mesure du jour qui s'immisçait partout coulait entre les arbres entre les murs entre nos bras nos jambes atteignait nos épaules puis nos bouches presque exactement comme l’eau

Vallée #9

(...) pour que cesse cette machine-là quand sur le seuil de nos maisons nous passions la journée à regarder passer la journée et les vaches partant au pré rentrant du pré et ainsi tous les jours sitôt qu’on pouvait les sortir sans risque qu’elles crèvent de froid de faim dans leurs pâtures où les suivaient les enfants dès qu’ils le pouvaient savaient marcher taper de toutes leurs maigres forces

Guerres #2

Je suis le mort de moi le mort de tous je rêve comme les morts, je suis ces corps que mangent les combats les canonnades les assauts à corps mêlés, à corps perdus, à corps que viendra digérer ensuite la terre dessous

Guerres

Je suis traversé de guerres qui ne sont pas mes guerres, je suis traversé de leurs morts qui ne sont pas mes morts et qui viennent insouciants avaler tous mes morts à moi, je suis traversé de langues que je ne parle pas, ne parle plus, je suis traversé de voix

Vallée #8

(...) un peu ce que nous étions sur ce ban dont nous ne sortions pas ne voulions pas sortir ne pouvions pas et qui était à lui seul l’univers tout entier ramené à quelques hectares de bois vignes terres tassées sur lesquelles nous et les générations passées nous entassions et pourrissions

Vallée #7

(...) mais pas eux pas les chiens dont on aurait pu croire qu’ils finiraient par comprendre qu’ils n’étaient que tolérés ici ainsi que nous mais non les bêtes ne saisissaient pas cela et nous les portions éclatés fruits trop mûrs sur le fumier où ils finissaient de se vider geindre haleter et puis passaient gelaient et devenaient ces choses raides et dures pierres