Vallée #16

(...) comme s’ils avaient fait mieux de leur temps qui n’était plus le nôtre et que nous avions oublié (le leur) pour pouvoir mieux nous occuper du nôtre et patauger comme nous pouvions dans cette mare

Histoires

Des histoires de bateaux mais à quai comme toujours des histoires de visages des histoires de villages des histoires de maisons des histoires de mendiants de guerriers de voleurs des histoires de pleutres des histoires de rien des histoires sans début et les mêmes sans fin le silence là-dedans à lutter contre nous nos histoires sans racines nos histoires sans histoires nos histoires sans voix -

Vallée #15

(...) une respiration retenue revenue qui jamais n’arrivait et l’on se relevait soulagé en fait parce que le monde aurait été invivable si les morts s’étaient soudain mis à revenir de leur ailleurs pour déambuler dans la vallée à nouveau et revenir dans leurs maisons

Vallée #14

(...) les planches de leurs caisses à morts dont on ne voyait dans leur cercueil quand on s'y penchait les mains bien accrochées au bord pour n’y pas tomber que la voilette qui recouvrait leur visage et l'arête que faisait leur nez sous cette dernière

Premier

Et il avait été le premier mort et nous l'avions étendu sur la table de sa cuisine l'avions avec mille précautions et plus de craintes encore mis nu lavé séché oint préparé l'avions plié et déplié roulé d'un bord et puis de l'autre avions vu ce que personne n'avait jamais vu de lui ni sa mère ni ses amantes ni personne de ceux qu'il croisait tous les jours mais que nous ne dirions jamais et même pas ici

Crépuscule

(...) le jour se prenant les pieds dans les marges du monde finissant par chuter lourdement au bout là-bas de la vallée et tombant faisant rouler sur tous les champs les bois un bruit d'apocalypse qui s'éteignit lentement après avoir tout bousculé et jusqu'au moribond qui seul dans sa maison où plus personne n'était entré depuis des années maintenant touchait à son dernier moment dans son propre crépuscule basculait

Langues

Ma langue ne sert à rien, mes langues ne servent à rien, je les transporte partout dans un sac qui est une sorte de boîte à outils ne me quittant jamais, je les garde la nuit dans des livres qui sont sur des étagères ou dans les nuages, je les regarde de temps en temps posées sur une table, un écran

Vallée #13

(...) et puis répandre partout de la sciure qu’ils avalaient comme nous respirions et qui finissait par leur dessécher le gosier ce qui sans doute explique que le menuisier et son père et le père de son père avaient la bouteille facile et qu’on les retrouvait plus souvent au comptoir ou attablés devant un pichet qu’à la scie pour débiter les planches de leurs caisses à morts..