Murs #7

(...) derrière les maisons faisant un damier de minuscules enclaves protégées par les pierres sèches entassées vaille que vaille par ceux d'avant ceux d'avant demeurant pourtant d'aplomb à croire que ce qui en maintenait l'équilibre la cohérence c'était le temps son limon qui avait fini par s'immiscer dans les espaces vides les joints jusqu'à souder le tout

Murs #6

(...) ces profils finissant par constituer une galerie dans laquelle alignés on ressassait les mourants et les morts comme si cela avait été une sorte de catalogue qu'on pouvait parcourir pendant les insomnies prenant de plus en plus de place sur la nuit y creusant des tunnels dont on sortait exsangues

Murs #5

(...) entourant l'homme mort l'homme mort mais pas encore mais vraiment même si tout le monde savait que ce n'était plus qu'une question de jours d'heures maintenant les voisins venant frapper doucement frapper aux carreaux de la cuisine doucement comme si ce bruit ce heurtement celui de leur doigt replié heurtant la vitre l'effleurant

Murs #4

...qui n'apparaissaient n'émergeaient que lentement de l'obscurité à la faveur grâce à la lumière entrant maintenant par la porte n'acceptant de s'ouvrir que si l'on pensait à l'accompagner du pied elle (la porte) ayant fini légèrement défaussée par inscrire graver dans le dallage rouge gris du sol une sorte d'arc de cercle

Murs #3

(...) qui avait fini par ne plus rien laisser derrière que des empilements branlants de pierres marquant encore mais à peine les lieux des maisons des fermes tout le village ressemblant maintenant à un tas de gravats immense

Murs #2

(...) jusqu'à ce que le père excédé qui s'était tenu jusque là droit et digne auprès de sa femme décide dans un sursaut que ça suffisait et qu'il faudrait bien qu'on en finisse que la chose morte qu'était devenue sa fille sorte de cette maison aille pourrir ailleurs se détache d'eux les laisse vivre ce qui n'arriverait pas malgré tous leurs efforts ce qui fait que des années et des décennies après

Murs

(...) le cercueil raclant les murs puisqu'il avait été apporté dans la maison par la porte de la grange autrement plus large et prévue elle pour laisser passer les lourdes charrettes de foin de paille de regain non pas par l'ouverture classique que l'on voyait en bas des deux pans de planches mais par le trou béant qu'ouvraient les vanteaux au-dessus une fois qu'on défaisait les barres de fer derrière les maintenant fermés et assurant à l'ensemble sa tenue au vent et à la pluie

Cantique de la bienséance #16

Découvrez-vous devant les corbillards découvrez-vous en entrant dans l'église découvrez-vous devant les vivants les morts et les autres couvrez au soleil la blanche peau qui fait de vous une reine couvrez ce sein que je ne saurais voir laissez la terre à ceux qui ont faim (qu'ils la mangent si ça leur plaît) préférez pour vous les fruits qui sont à votre hauteur et d'âme bien entendu à l'ombre