Murs #3

(...) qui avait fini par ne plus rien laisser derrière que des empilements branlants de pierres marquant encore mais à peine les lieux des maisons des fermes tout le village ressemblant maintenant à un tas de gravats immense

Murs #2

(...) jusqu'à ce que le père excédé qui s'était tenu jusque là droit et digne auprès de sa femme décide dans un sursaut que ça suffisait et qu'il faudrait bien qu'on en finisse que la chose morte qu'était devenue sa fille sorte de cette maison aille pourrir ailleurs se détache d'eux les laisse vivre ce qui n'arriverait pas malgré tous leurs efforts ce qui fait que des années et des décennies après

Murs

(...) le cercueil raclant les murs puisqu'il avait été apporté dans la maison par la porte de la grange autrement plus large et prévue elle pour laisser passer les lourdes charrettes de foin de paille de regain non pas par l'ouverture classique que l'on voyait en bas des deux pans de planches mais par le trou béant qu'ouvraient les vanteaux au-dessus une fois qu'on défaisait les barres de fer derrière les maintenant fermés et assurant à l'ensemble sa tenue au vent et à la pluie

Cantique de la bienséance #16

Découvrez-vous devant les corbillards découvrez-vous en entrant dans l'église découvrez-vous devant les vivants les morts et les autres couvrez au soleil la blanche peau qui fait de vous une reine couvrez ce sein que je ne saurais voir laissez la terre à ceux qui ont faim (qu'ils la mangent si ça leur plaît) préférez pour vous les fruits qui sont à votre hauteur et d'âme bien entendu à l'ombre

Champ

C'est un champ plat plus qu'un cimetière où ne poussent que des pierres qui sont aussi des pierres et des crânes semés là entre les touffes des herbes grises brunes noires par des hordes maintenant tellement oubliées qu'on devine qu'elles n'ont jamais existé et ne servent qu'à couvrir des exactions venues de la terre même de pas plus loin que ça de ce hameau ou de cet autre qu'on devine là-bas

Grande terre

Une grande terre couchée comme un homme ivre lourd, une grande terre saoule qui vient finir après falaise au-dessus des tempêtes que le vent coud sans ménagements, cette grande terre-là meuglant de toute son herbe sèche sous les grains minuscules que sont mes pas lorsque je marche aveugle dans ce silence de mille siècles et de bien plus d'ennui.

Plis

(...) d'imprévisibles et invisibles pliures dans des espaces-temps superposés conduisant à faire apparaître à l'improviste dans nos rues des êtres incertains dont les particularités les plus flagrantes, cette pâleur d'opale de leur peau et la possibilité qu'ils avaient de voler, ajoutées à une autre de leur spécificité, l'absence totale d'organes sexués, faisaient dire à ceux qui les croisaient

Écrivain

On transférait au dernier moment l'écrivain tiré au sort parmi tous les autres, tous ceux qui comme lui étaient maintenant confinés dans des campus (d'aucuns disaient prisons) spécialement construits pour eux et à eux réservés, et on le faisait entrer par une porte blindée située à l'arrière du dispositif public en prenant soin de lui faire porter sous sa chemise un gilet pare-balles de dernière génération.