Pour le coup, nous étions dans la merde. Au sens propre, ou presque. C'est un automne, je crois, ou peut-être un printemps, mais cela importe peu à part si cela nous renseigne sur le débit de l'eau du ruisseau qui fait scène. Il me semble que nous portons nos pantalons longs, ce doit être l'automne, ou une fin de saison. En août, ici, personne ne peut tenir sinon en short, l'été est un couvercle sous lequel une chaleur dense comme un bloc de plomb recouvre tout. Et puis, durant les grandes vacances, l'air est si sec que le ruisseau devient une grise chenille mollassonne cachée sous ce qu'il reste de roseaux. Or nous avons besoin que le ruisselet soit plus que ça, idéalement, un fleuve comme la Loire dont on nous parle en cours de géographie bien que de toute évidence, il faudra se contenter de ce que nous avons sous la main : il y aurait la place, dans la vallée, pour que quelque chose de majestueux la noie entièrement mais dans ce cas, le village ne serait pas là, et nous pas plus. Va donc pour l'automne au bord du ruisseau que les dernières pluies ont fait grossir assez pour qu'il tienne tout juste dans son lit.

Cliché : matches and sticks par Dániel Z. Aczél