Sur sa chaire, l'enseignant avait posé sa feuille et, s'étant saisi du combiné téléphonique qui équipait chaque salle de la faculté, parlait à un interlocuteur invisible avant de raccrocher puis de s'asseoir, indifférent à Marcel qui continuait à laisser éclater sa colère. Bientôt, la porte de l'amphithéâtre laissa entrer deux vigiles en uniformes dont les poitrails, qui faisaient chacun le double de la largeur de la maigre poitrine de Marcel, arboraient les insignes d'une société de surveillance. Les deux agents de sécurité gravirent en courant les marches de l'auditorium, se saisirent de Marcel avant même que ce dernier puisse protester et le sortirent de la salle manu militari, respectueusement mais indiscutablement, sous les applaudissements narquois et les rires à gorge déployée des étudiants, par l'une des portes arrière dont on aurait dit qu'elles avaient été pensées pour cela, cependant qu'Emma suivait le trio en essayant de calmer par la voix Marcel dans une tentative qui n'avait pas grand effet. 

Quelques minutes plus tard, Emma et Marcel, ce dernier quasi porté jusque là par son inflexible escorte toute en muscles, se retrouvaient sur le trottoir devant l'Université, les deux molosses se postant derrière les portes vitrées afin de bien montrer à Marcel époussetant ses vêtements avec une irritation grandiloquente et peut-être légèrement exagérée, qu'il était hors de question de le laisser à nouveau entrer. Dans l'amphithéâtre, après avoir recoiffé les cheveux qu'il n'avait plus suite à des décennies passées dans les bibliothèques ou les archives fermées au public, le vieux professeur reprenait son cours comme si rien ne s'était passé, ignorant jusqu'au dernier jour de son long cheminement d'érudit que l'objet de ses études, l'écrivain auquel il avait consacré tant de temps et d'énergie, sacrifié sa vie personnelle, ses amours, ses amis, venait d'assister à l'un de ses cours, avant d'en être expulsé comme un malpropre.