Une année au moins est passée depuis la publication de ce billet qui peut donc contenir des informations un peu datées.Je ne m’étais jamais vraiment posé cette question, mais elle vient de m’être perso-twittée. Alors, essayons de répondre à cette interrogation presque métaphysique… Hum…. Pas facile… Donc, je me lève le matin et je prends mon poste parce que :
- Je crois en l’humain. Vraiment. Je râle beaucoup beaucoup, mais je pense que, globalement, nous évoluons. Pas vite, pas toujours tout droit, mais nous évoluons ;
- Je pense que le savoir et sa diffusion participent de cette évolution, et que la meilleure manière d’apporter sa pierre, c’est de participer à cette diffusion ;
- Je pense que tout ce qui ralentit ou contrecarre les échanges relationnels et/ou intellectuels entre humains est criminel pour l’humanité ;
- Je pense que mon travail participe (fort modestement) à ce que que tout le monde puisse se coucher moins bête chaque soir, moi y compris (surtout moi).
Voilà. Rien de plus. Mais ça me suffit.
Tags : Keskifé ?, Les questions qui grattent
Nous sommes deux, et deux, c’est déjà un mouvement, non? Attention…
Bonjour,
On ne m’a pas posé la question, mais à ça j’ai une seule réponse de base : pour toucher une paye à la fin du mois.
Tout le reste c’est du bonus.
@Bruno : hum oui, tu as raison, je me désolidarise de moi-même
@JC Brochard : oui, évidemment, c’est un début
@JC Brochard : C’est marrant, je ne fais aucun lien entre mon boulot et la paye qui tombe chaque mois. D’une part, je fais mon boulot. D’autre part, de l’argent arrive. Mais l’un n’influe pas – pour moi – sur l’autre, que ce soit dans un sens ou un autre.
D’ailleurs, il n’est même pas évident qu’il y ait un lien entre les deux puisque quand je travaille plus ou mieux, je ne gagne pas plus (ni moins, quand je glande). Et que ce boulot ne me prend finalement que 9 heures par jours environ (un gros tiers) : c’est une activité parmi d’autres, et c’est presque un hasard si celle-ci est rémunérée. D’ailleurs, si je vivais de ma fortune, je la poursuivrais certainement tout de même. Le lien me semble donc donc ténu.
Pourquoi je me lève pour aller bosser :
Pour gagner ma vie ; si ma rémunération ne me suffisait pas à vivre, je changerais de filière sans le moindre scrupule. Mon métier n’est pas le lieu de ma réalisation. Si certains de mes centres d’intérêt y trouvent la possibilité de s’épanouir, tant mieux ; le principal est que j’ai du temps à leur consacrer (en d’autres termes : je veux bien faire un tout autre métier du moment que j’ai suffisamment de loisir).
Pourquoi une fois levée c’est en bibliothèque que je vais bosser :
Disons que le job n’est pas sans intérêt. Je ne m’ennuie pas (trop) au quotidien, et ça c’est déjà une très bonne chose. Ce n’est pas non plus le plus difficile métier qui soit (il se peut en revanche que ce soit le plus “planqué” de ceux que j’ai exercés).
Ensuite, ai-je l’impression qu’en allant travailler tous les matins j’apporte ma pierre à l’édifice de la grande marche de l’humanité vers le progrès ? Euh, non, désolée. Je travaille en BU, j’accompagne les étudiants et les chercheurs, on peut éventuellement dire que je simplifie leur travail, mais nullement que je leur suis indispensable. Je ne suis que bibliothécaire, et m’en contente. Et franchement, je pense qu’un plombier ou un médecin est bien plus indispensable à la société qu’un bibliothécaire de BU.
Cela ne signifie pas que je n’accorde pas d’importance à la culture et à sa diffusion. Je suis plutôt contente si vous affirmez que j’y participe, mais je ne pense pas que les bibliothécaires des BU soient des combattants de l’intellect œuvrant pour la pacification finale.
Je pense à cette médiatrice du livre, croisée à Bourges il y a quelques années, et qui partageait son temps de travail entre bibliothèque de rue, bibliothèques de maison d’arrêt, PMI, et visites aux gens du voyage. Je ne sais pas si on peut dire qu’elle contribue à la diffusion du Savoir et de la Civilisation (avec des majuscules), probablement pas. Mais elle contribue plus modestement à améliorer la vie des personnes au devant desquelles elle va, et ce me semble bien plus important.
>Stéphanie :
Ben, sauf votre respect, c’est un peu triste.
D’abord, nous faisons partie du service public. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être mauvais ni de faire les choses à moitié. Nous travaillons pour la République, pour la nation, pas pour un quelconque conseil d’administration. Contrairement au privé, nous avons une vraie responsabilité.
Ce que vous dites, ça consiste finalement à donner raison à notre président adoré quand il parle des gens entrés là parce qu’il y avait de la lumière et qu’il faisait chaud.
Ca ne veut pas dire qu’il faille prendre les choses au tragique ni que toute réalisation personnelle passe par le travail (dieu merci) – j’aurais même tendance à penser que si le travail est ressenti comme tel et n’est pas intégré dans un projet de vie plus large, c’est un peu dommage – mais il ne sert à rien non plus de ridiculiser ceux qui pensent qu’il doivent faire les choses avec une implication réelle en tentant de les faire passer pour de naïfs rêveurs (“grande marche de l’humanité vers le progrès”, “combattants de l’intellect œuvrant pour la pacification finale”…).
En vous lisant, je comprends votre position sur la recherche. Je crois que nous n’avons tout simplement pas la même conception de notre métier (ou peut-être d’une activité en général). Dans tous les cas, si vous trouvez que votre métier est “planqué”, peut-être faut-il vous poser des questions sur le pourquoi de cet état de fait et si cela vient bien du métier lui-même.
Comme le disait un Monsieur avec lequel je mangeais ce midi, à propos d’une personne qui avait la flemme d’apprendre l’allemand alors que ça lui était indispensable : “on fait un vrai boulot, si c’est pour ne pas le faire bien, autant faire HEC” (sans mépris de sa part, le fils de ce Monsieur travaille dans le privé)
>dbourrion:
[dont l'intérêt scientifique est réel ; pour la valeur financière, je serais plus sceptique...]
Pour piquer des mss, encore faut-il en avoir dans sa bib… Heureusement, je vais en avoir bientôt, j’en importe dans qq semaines
Je vais faire original : pour la paie en fin de mois.
Pourquoi en BU : parce que le privé n’a pas voulu de moi
En fait j’ai l’impression que j’étais plus utile à la société en travaillant comme animateur de centre de loisirs avec des enfants vivant dans des contextes familiaux difficiles plutôt qu’en jouant à l’informaticien en BU. Le problème c’est que c’était précaire et mal payé.
En début de carrière, j’avais encore l’espoir que l’Université soit utile à nos jeunes. Au fil des années je perd malheureusement mes illusions en constatant que les nouveaux étudiants sont de plus en plus au ras des pâquerettes….. Alors participer à la diffusion du savoir pour croire à nouveau en l’humain, je dis oui, malheureusement c’est pas à mon niveau que je peux le faire et j’espère que nos futurs professeurs des écoles arriveront à redresser à la barre !
Ceci dit je ne crache pas dans la soupe : le boulot permet aussi d’éviter l’oisiveté et d’évoluer (intellectuellement, pas en grade
)
Évidemment je ne dirais plus la même chose une fois que j’aurais gagné le gros lot au loto !
Assez d’accord avec Stéphanie. Mon métier me plait mais me frustre également !!!
Pour moi, travailler reste avant tout une obligation capitaliste qui conditionne ta survie. Donc tu travailles toujours d’abord pour te nourrir. L’essence du travail est celle ci depuis toujours. Tu travailles pour améliorer ta condition (homme préhistorique crée des outils et chasse et cueille pour se nourrir, homme moderne fait tout pareil en mode “développé”).
Tu n’as pas le choix tu dois travailler… Là ou la différence se fait c’est que certains peuvent choisir ce qu’ils font et faire des métiers plus ou moins pénible ou intéressant. (comme nous je suppose qui ne sommes pas là par hasard).
Je laisse aux bibliothécaires sur passionnés le loisir de se sur investir…
Mais j’espère que si vous gagniez au loto (par exemple) vous ne vous lèveriez pas le matin pour aller bosser.
Ce pour deux raisons : vous prendriez la place d’un autre alors que vous n’avez PLUS BESOIN D’ARGENT . (ce qui fait indirectement grimper le chômage CQFD
)
Ensuite parce qu’il y a bien des choses plus passionnantes à connaitre voir ou expérimenter que le métier de bibliothécaire… aussi louable et intéressant soit il….
non ?
La question est plutot a t on vraiment le choix ?
Et apporter quelque chose à une société qui finalement va de plus en plus mal … n’est ce pas œuvrer pour la continuité du système … ???
Pour moi tout est à revoir à la base… la bibliothèque est une goutte d’eau dans l’océan. Utile certes… Mais qui se bat à armes inégales…
Tel david contre goliath
@RM : où l’on apprend, par la bande, que RM dispose d’une fortune personnelle
J’en conclus que tu as finalement revendu les manuscrits que tu me montrais jadis, et dont la provenance était pour le moins douteuse (je plaisante, RM est un saint homme, pas le genre à piquer dans les rayons)
@RM : j’ai hésité à poster ce commentaire précisément parce que je me disais qu’il serait probablement mal interprété.
Ce n’est pas parce que je relativise l’importance de mon rôle social de bibliothécaire que je ne fais pas bien mon métier. Et mes choix professionnels ont toujours été des choix, je ne suis pas entrée parce qu’il y avait de la lumière (parce que précision : vu le nombre de postes offerts aux concours des bibliothèques, il est assez rare finalement qu’on soit là par hasard).
J’ai pour moi la certitude que je ne fais pas honte à l’Etat, mais libre à vous de tirer des jugements hâtifs.
Je tenais simplement à indiquer que personnellement, j’avais conscience du fait que certains métiers nécessitaient un engagement personnel bien plus important que le nôtre. On ne mérite quand même pas une médaille de bravoure parce qu’on fait bien son métier de bibliothécaire, si ?
Oui, nous avons deux conceptions du métier bien différentes.
Bonjour,
je suis surpris et amusé de tomber sur le réseau de blog et de twittter du personnel de la bu d’Angers.
Maintenant je comprends mieux comment vous vous occupez pendant les heures creuses.
Je respecte votre job mais comme Stéphanie je n’avais pas imaginé l’enjeu et la responsabilité de travaillé pour la nation.
Alors comme vous semblez très dynamique, j’en profite pour demander, au nom des étudiants qui fréquentent la bu de st serge, que le ton de la voie qui annoncent la fermeture au micro soient moins monotone et triste, et que l’hiver on n’éteigne pas les lumières de l’étage, 5 ou 10 minutes avant la fermeture alors que les étudiants rassemblent leurs affaires.
Je trouve que l’ambiance est plus humaine à la bu montéclair.
Voila enfin ça fait longtemps que je ne suis pas resté jusqu’à la fermeture.
Autre remarque: Une fois j’ai apporté une ampoule grillé à la dame qui était au bureau de renseignement. Elle m’a répondu “ne touchez pas à ça il faut appeler le service technique”
C’est quand même triste de voir qu’il faut un électricien pour que les ampoules des tables fonctionnent.
Mais a part ça, on a de la chance d’avoir une belle bu et surtout qu’elle s’agrandisse prochainement avec les livres du pole santé. Le manque de place est problématique.
voila, merci
bon courage
A RM,
Je vais défendre Stéphanie (salut bichette), en la rejoignant sur notre rôle que je ne vois pas si exaltant et tragique que vous. J’ai fait une école de commerce et de tous les postes que j’ai occupés (5 employeurs), je dirais que celui-ci est celui qui est intellectuellement le plus riche, car accompagner des étudiants et des chercheurs est plus intéressant que de faire du marketing commercial (même si du marketing, j’en fais en bibliothèque) et car il y a beaucoup de personnes qui théorisent à bon niveau à son propos et que j’y apprends beaucoup.
Mais aussi celui qui est le moins stressant et me permet enfin d’être détendue le soir pour ma famille (en plus, mon fils comprend enfin mon métier). Car autant, je crois, j’espère aider efficacement la communauté de l’établissement dans lequel je travaille, autant une baisse de forme, une mauvaise idée de ma part ne mettra pas l’avenir de l’université en cause. Et la plupart du temps, on me permet de travailler dans des conditions satisfaisantes (à part la gestion des postes et des personnels qui me met en colère : là, le privé fait souvent mieux et plus respectueux, un comble).
Alors que ce que vous oubliez complètement est la vraie responsabilité des cadres du privé : une responsabilité collective aussi et surtout la responsabilité de savoir que s’ils se plantent un peu trop ou ne trouvent pas de solutions, c’est le boulot de leurs collègues qui en pâtira, en allant jusqu’au chômage et c’est quand même pire qu’une coupure de ressources, non ? Les responsabilités ne sont pas les mêmes, ni comparables, arrêtons de toujours tout opposer.
En tout cas, bibliothécaire, je dors beaucoup mieux et me lève reposée pour effectivement participer à la diffusion du savoir comme un petit maillon de la chaîne, et plutôt qu’une médaille, je préfèrerais une augmentation
Non, non, pas de médaille de bravoure, bien au contraire, ça me semble tout à fait normal de bien faire son métier quand on fait un tel boulot. Tout simplement parce que 1/ c’est important 2/ ce n’est pas le genre de boulot qu’on fait pour le fric
Et si vous le faites bien, c’est parfait. Je n’ai aucun avis sur ce que vous faites puisque je ne vous connais pas. Mais votre présence même sur ces pages et vos réponses montrent votre implication, c’est parfait
@RM
Juste une petite réaction à RM sur le “En vous lisant, je comprends votre position sur la recherche. Je crois que nous n’avons tout simplement pas la même conception de notre métier (ou peut-être d’une activité en général).”
Conclusion hâtive parce que je pensais que pour une fois nous étions d’accord.
En effet, j’étais dans le camp “ennemi” concernant “le bibliothécaire est-il scientifique ou pas” (je simplifie), et pour moi la réponse est non (comme je vous l’ai clairement indiqué sur le blog d’O. Tacheau), et là je suis entièrement d’accord avec vous, tout en respectant l’opinion de Stéphanie.
Donc, non, il n’y a pas de bons ou de mauvais bibliothécaires qui pensent noir, blanc, ou vert à pois rouges. Nous sommes une communauté avec nos diversités d’opinions.
Juste sur le débat : moi je ne risque pas de me lever pour le salaire, vue les clopinettes que l’on gagne. Je ne crache pas dans la soupe (qui me nourrit suffisamment), mais nous ne sommes pas devenus fonctionnaires pour être pauvres. Donc c’est bien ma “mission” aussi modeste soit-elle qui me fait lever tous les matins (et là je rejoins totalement Daniel) tout en lorgnant de temps en temps dans le jardin de mon voisin (notamment nord américain, mais pas seulement) pour voir si l’herbe est plus verte (couleur du dollar). Je sais, je ne suis qu’une capitaliste bassement vénale… Mais j’assume, d’autant que gagner plus ne signifie pas perdre la foi (en ce qui me concerne).
Bonjour Marc. Ce blog est plus proche du blog personnel que du blog institutionnel (les remarques que vous faites, justifiées, sur le fonctionnement de la bu, ont plus leur place sur le blog de la Bu là mais j’en prends note et ferai le nécessaire pour que cela n’arrive plus (par contre, pour l’ampoule, ma collègue n’avait pas tort
).
Une petite question : c’est quoi une heure creuse ??
Merci en tous les cas de votre message et oui, la nouvelle Bu St Serge va vraiment être très chouette.