Une année au moins est passée depuis la publication de ce billet qui peut donc contenir des informations un peu datées.Malgré ce qui précède, je vois bien que ce fantasme cette idée du Conservateur comme Scientifique reste très présente dans les discours sur la fonction. Pourquoi ?
J’ai tendance à penser que c’est lié à notre concours : en ne recrutant que des littéraires-historiens-philosophes (regardez qui décroche le concours de conservateur – d’ailleurs, j’ai moi-même une formation littéraire), on empêche de fait l’aspect managérial, gestionnaire, pratique, de notre métier, d’être considéré pour ce qu’il est : le noyau dur. Sauf exception, il me semble qu’un lauréat du concours de Conservateur tend à penser que la réflexion est plus importante que l’action ; et que les livres comptent plus que tout. Sauf exception, il me semble qu’un lauréat du concours de Conservateur pense dans le fond que le management, c’est sale ; que la gestion, c’est pour les comptables et que la régulation, c’est réservé aux cheminots (d’ailleurs, si on lit bien les commentaires de cette série…).
Du coup, il apparaît comme plus “noble” d’être un “scientifique” théoricien qu’un bon praticien, actif et qui mouille la chemise. Mais gloser est facile (et tout mon blog le prouve
).
Ma conclusion (bon, réchauffée maintenant vu les commentaires passés – on ne devrait jamais répondre à ses commentateurs…), c’est :
- Cessons de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas, n’avons pas à être, et ne serons jamais : des Scientifiques (avec ou sans majuscule) ;
- Attaquons-nous au réel des bibliothèques : nos capacités de réflexion (si elles existent – donc je suis hors-jeu) ne peuvent que leur servir dans les combats qui devraient être les nôtre, et qui ne doivent nous amener qu’à une seule chose : faire que les bibliothèques deviennent des prestataires de services. Juste ça, et c’est déjà énorme.
Le reste, le Conservateur scientifique, c’est sauf exception (le 0,01% de conservateurs évoqués ici, qui font un réel travail scientifique) du domaine de la marotte, de la danseuse qui ne doit relever que du temps personnel de chacun, pas de ses missions revendiquées.
Cher Daniel, je ne partage pas vraiment ton point de vue : d’après ma petite expérience (aussi courte que la tienne), il est inexact de dire que la plupart des conservateurs pensent que “le management, c’est sale”. Que nous n’y soyons pas formés à l’enssib est une chose. Mais tous les conservateurs que je fréquente ou que j’ai eu l’occasion de rencontrer en lecture publique (et pas mal de bibliothécaires aussi, au sens statutaire du terme), se voient avant tout comme managers et gestionnaires (la question ne se pose même pas, ils le sont de facto), et sont conscients que leur plus-value se situe dans ce domaine et pas dans l’expertise “scientifique” (la “science plus que molle”, j’adore).
Je connais mal le monde des BU, où il en va peut-être différemment. Mais ne nous indignons pas trop vite et ne jetons pas tous les conservateurs avec l’eau du bain (cette autoflagellation permanente… ça, c’est commun à toutes les bibliothèques !)…
Bonjour Daniel… J’arrive après la bataille et vais faire dévier le débat puisque ça m’est bien égal de savoir si un doctorat est utile ou non pour les conservateurs (personnellement, je pense que non… mais je ne bosse pas en BU)! S’il fallait choisir, je pense qu’une vraie formation en management serait infiniment plus pertinente (suivez mon regard).
Je voudrais seulement ajouter que, sans aller jusqu’au doctorat, une formation disciplinaire (au moins licence ou M1-M2 pour avoir une pratique de la recherche) est très utile voire indispensable pour travailler dans une bib, qu’on s’adresse à des étudiants de licence ou à des chercheurs (et même davantage pour les étudiants de licence!) : pour prendre mon exemple, je suis bien meilleure en renseignement bibliographique en socio et en histoire (mes disciplines, dans lesquelles j’ai une licence et un peu plus) qu’en psycho ou en géo. Et les lecteurs le perçoivent bien. Dans ce contexte, bien plus nécessaire donc qu’un master en sciences de l’info!
Donc je pense que la “sainte” fonction de l’”accueil”, ou médiation, ou ce qu’on veut (sans revenir sur les acquisitions… mais sur ce point je suis d’accord à 100% avec RM et NaCl) doit s’appuyer sur des connaissances disciplinaires minimales + une expérience de la recherche. Donc, comme tu le dis, que les conservateurs faisant des acquisitions ou de l’”accueil” en BU de sciences devraient avoir une formation scientifique (même a posteriori… la formation continue, c’est ça aussi).
Des bibliothèques publiques prioritairement prestataires de services (à l’exception des rares strictement patrimoniales), ce n’est pas moi qui dirais le contraire !
Que notre rôle soit de fournir, d’améliorer et d’adapter ces services d’information et les accompagnements qui vont avec, j’en suis convaincu, même si je ne suis pas absolument certain que la profession soit unanime sur ce sujet.
Après, constituer et gérer une collection documentaire, ce n’est que l’un des moyens parmi d’autres d’accomplir nos missions…
En fait, Daniel, je pense que tu mélanges deux choses: le doctorat et l’activité scientifique.
Tout simplement parce que la vision que beaucoup en France ont du doctorat, c’est que c’est un truc théorique de branleur de mouche. Qui ne sert à rien, même pas à enseigner (cf. les commentaires précédents). Alors à manager ou à diriger, arf arf arf, etc.
Vision singulièrement réductrice de l’activité de recherche, type tour d’ivoire, type la-recherche-n’a-rien-à-voir-avec-la-vraie-vie. Eh puis hein, étudier la Princesse de Clèves, etc. (désolé pour le troll, mais là je craque).
Bien sûr que l’activité principale des conservateurs n’est pas la recherche (et n’a pas vocation, pour la plupart d’entre eux, à faire de la recherche. Je répète hein, au cas où : JE PENSE COMME TOI QUE LES CONS’ N’ONT PAS VOCATION, LA PLUPART DU TEMPS, A FAIRE DE LA RECHERCHE) (peux-tu d’ailleurs, en passant, nous donner le nom de quelqu’un qui défend officiellement cette position ? Des noms, allez, sois chic…).
Mais je maintiens que poser que le doctorat ne constitue en rien un plus pour des “top managers”, surtout dans des établissements d’enseignement supérieur, ça me semble fou. Parce qu’il me semble que cela ne va pas, mais alors pas du tout dans le sens de ce qui se passe ailleurs.
@MxSz une personne qui défend cette position : Anne-Marie Bertrand, qui souhaiterait que tous les conservateurs aient une activité de recherche.
(commentaire #2000)
@lucie : suis d’accord sur la formation au management ; la formation disciplinaire, vu le niveau de recrutement au concours, elle est acquise, et largement, non ? Sur les acquisitions faites par des conservateurs, je suis plus que réservé (mais j’y reviens bientôt)
@JC Brochard : oui, oui et oui
@MxSz : bon allez, passe à la maison boire un coup, on se prendra la tête autour des caouètes
@Stéphanie : en foot, ça s’appelle un méchant tacle mais… c’est bien vu. Accessoirement, ton commentaire est le 2000ème commentaire validé ici. Je t’envoie ton cadeau via MP
puuuuuuuuuuuuutain, c’est toujours les mêmes qui ont les cadeaux. Pourtant, j’ai eu beau mutiplier les commentaires… tant pis.
(Concernant Anne-Marie Bertrand, s’il est possible d’avoir des références, un texte, un prise de position autre que elle-nous-l’a-dit-à-l’enssib, je suis preneur).
[...] peu de conservateurs fassent de la recherche et qu’ils soient si peu reconnus comme chercheurs *Épisode 3 : Conclusion pleine [...]
Hello
Je ne me flagelle pas, ni ne m’auto-flagelle, j’ai simplement ce sentiment. Il se peut que les deux mondes (celui de la territoriale et celui de l’Etat) soient très différents sur ce point. Dans ce cas, il ne reste plus qu’à faire tomber les frontières et à prendre le meilleur des deux côtés…
Mouuuais, tout en nous disant que la formation de l’enssib primait et en supprimant ainsi la journée libre pour “recherches personnelles” à laquelle avait droit les conservateurs des promos précédentes…
Hum…. Franchement Rémi, c’est pas le temps libre qui manquait…
Je vais créer un prix spécial pour toi
Je crois qu’elle en a parlé devant toute une assemblée de directeurs de BU, tu peux demander des précisions à ta chef
AMB en a aussi parlé dans un Livres Hebdo de début d’année (février – mars?)
Peut-être en a-t-elle parlé.
En tout cas, il me semble que c’est bien elle qui a mis en place la réforme des études du DCB, avec la disparition du mémoire de recherche. Contradiction entre les paroles et les actes ? C’est possible.
Reste que je suis malgré tout preneur de toute position officielle sur le sujet (eh, les spécialistes de la recherche documentaire, serait-il possible d’avoir des références un peu plus précises ?)
. Parce que moi, à titre personnel (et je ne pense pas que mes collègues me contrediront), ce n’est pas la dimension “recherche” qui pose le plus de problème dans un établissement comme le nôtre (écrire cette phrase me semble même tout à fait ridicule).